La semaine dernière, j’étais invitée à une avant-première.
J’aime beaucoup être invitée aux avant-premières.
Si un réalisateur passe par là, il peut consulter mes p’tites chroniques
ciné-télé-polar, et m’envoyer
un p’tit mail pour m’inviter, c’est toujours un plaisir.
Avant le générique, il y avait Fred de Mai avec Charles Liébert au milieu d’un petit aréopage très select de blogueurs dits "influents". (Toujours les mêmes, ils doivent payer en fait, ou
être livrés en kit avec le champagne). Alors j’ai sauté sur Charles et je l’ai tapé pour le mettre dans l’ambiance. Et puis j’ai eu une discussion à l’eau de rose avec
Fred de Mai qui n’a pas toujours eu toute sa tête, mais comme il l’a très courtoisement admis, et qu’on a fait connaissance avec plein de pipeules du
chobiz, maintenant avec Fred on est super copines.
Bref, on a des blogs lus par des milliards de gens à travers l’univers, il est normal que les sociétés de production fassent appel à nous, et que nos avis vous soient imposés avant tout
autre. Faut pas déconner. Et puis pour l’image du blog, les comptes-rendus d’avant-premières, c’est toujours mieux que la pub, vous savez, ces fameux billets sponsorisés écrits avec les pieds pour
le plus grand discrédit des marques (vous fâchez pas les modasses, cinquante euros, c’est cinquante euros, le trip julot casse-croûte, on peut comprendre…)
J’ai donc assisté à l’avant-première de
Flics. C’est une série policière conçue pour TF1 à partir d’un scénario d’Olivier Marchal.
Précision utile, et pour la petite histoire : il parait qu’Olivier Marchal a très vite quitté le projet de cette série, estimant que son idée avait été trahie. Il aurait filé à la chaîne un
scénar bien noir où il pleut beaucoup, bien marchalien et dramatique, où à la fin tout le monde est flingué avant de mourir d'une cirrhose, mais pour que la chose plaise aux ménagères de moins de
cinquante ans, le document serait passé entre les pattes d’un scénariste de
Joséphine Ange Gardien. Et puis finalement, ça lui plait plutôt à Olivier... Alors que moi je croyais qu’il
n’était pas content, et qu’il avait boudé l’avant-première pour pas qu’on lui jette des strapontins à la figure. Mais il y avait Catherine, normal, elle est commissaire au moins divisionnaire,
pendant quatre fois 52 minutes. Alors elle est venue avec les autres comédiens. Ah oui, Catherine, Catherine Marchal hein, mais je dis Catherine parce que c’est ma copine d’abord puisqu'on se
tutoie, même que la semaine prochaine on déjeune avec Jean-Paul Belmondo. Et vous seriez bien naïfs de ne pas le croire.
Le sujet de la série est sensiblement le même que celui du long métrage
36 Quai Des Orfèvres (Olivier Marchal 2004). Deux flics, frères ennemis, passé fumeux, des morts, des
fantômes, des femmes de leur vie très certainement mais on n’a vu que deux épisodes sur quatre, l’un à la tête de la Brigade de Répression du Banditisme, l’autre à la Brigade Criminelle, se tirent
la bourre, se tirent dans les pattes, et se tireraient bien les deux petites stagiaires OPJ fraichement sorties d’école qu’on leur a malicieusement affectées dans leurs services. Une blonde et une
brune qu’on dirait qu’elles viennent d’obtenir le brevet, tellement qu’elles ont des têtes à couettes à jouer dans
Hélène Et Les Garçons. Bref.
Il y a Frédéric Diefenthal en chef de la BRB qui s’est déguisé en Capitaine Haddock, avec une barbe et un bonnet marin pour passer inaperçu en filature, caricatural à
un point que le cliché en est attendrissant. À un moment quand même, il humilie une bimbo rousse, officier de l’IGS, c’est marrant comme tout. Il dit ce qu’on a toujours voulu dire à
l’IGS mais dans les films on ne passe pas en conseil de discipline pour si peu, c’est cool. Du coup, après la projection, je suis allée le féliciter pour son rôle dans
Taxi que j’avais
beaucoup aimé.
Et puis il y a une scène dans un bistro où un OPJ roule une pelle à une stagiaire pour faire diversion. On pourrait croire que c'est ce qui m’est arrivé, et que je raconte à la page
189 de
Flic, Chroniques De La Police Ordinaire, mais si la scène ressemble beaucoup, il faut reconnaître que ce n’est pas du tout le même texte.
Moi je dis : « T’étais pas obligé de mettre ta langue ! »
Et pour TF1 : « Maieuuuuu ! T’étais pas obligé de mettre ta langue ! »
On ne va pas en faire un plat, hein, c’est la rançon de mon succès interplanétaire, déjà éprouvée dans le
navet dont j’avais parlé, où une scène montrait des flics dansant en uniforme dans un bar arabe, et dans une autre, un flic en garde statique tirant sur un spif. Mais tout ça doit être
tellement banal, n’est-ce pas, qu’il fallait bien que je m’attende à des coïncidences. Ça ira pour cette fois, mais pour l’avenir, je signale aux scénaristes à l’imagination anémiée que mon avocat
est d’une cruauté inouïe quand il est démuselé. Coup de chance, contexte procédurier, il se trouve qu’il a assez mangé cette année, et que je le mets à la diète. Quoique...
Pour pas que vous soyez venus pour rien, je m’en vais vous conter quelques trucs rigolos.
J’ai adoré l’autopsie. Le cadavre est un type qui a été cramé lors de l’explosion de sa voiture. Mort carbonisé, quoi. Le voilà donc tout grillé allongé sur l’aluminium. La stagiaire blonde
quitte la pièce avec les dents du fond qui baignent dedans, c’est juste une image du métier qui rentre, et de la fin de son innocence. Le médecin légiste s’affaire sur le corps, et d'une seule
voix, les OPJ lui demandent :
« Alors ? Alors ??
- Il est brulé au troisième degré sur tout le corps.
(standing ovation pour le légiste, s’il vous plait)
- Avez-vous trouvé quelque chose ?
- Oui, un passeport albanais. »
Et là, je me penche vers mon flic de voisin, et je lui demande si pour trouver un passeport ignifugé lors d’une autopsie, ça pourrait signifier que le type l’ait mangé. Mais pour qu’il mange
un passeport suspect, ça voudrait dire qu’il savait que sa bagnole était plastiquée, ce dont il ne pouvait se douter puisque ça se passe à Paris et pas en Corse. Et s’il s’en était douté, il aurait
pris le métro. Et donc, ça complique prodigieusement l’enquête, d’où l’intérêt de trouver un passeport au cours de l’autopsie pour simplifier la compréhension de l’intrigue. (Vous me suivez ?)
J’ai aussi beaucoup aimé l’intervention, solitaire et hors service, d’un flic de la Crim allant contrôler une voiture aux vitres fumées stationnée dans la nuit, dont on sait que
ses occupants viennent de faire un carnage. Lui : « toc ! toc ! Youhou ! Y’a quelqu’un ? » Et paf, il se fait fumer, c’est ballot mais quel con toud’même, jamais, jamaiiis on fait des choses comme
ça.
Et le meilleur pour la fin. Quelques jours après son affectation la jeune stagiaire blonde se fait draguer par son chef. Il l’emmène sur les quais de la Seine, c’est super romantique, il
regarde le ciel étoilé, marque un temps de silence, et d’une voix grave et profonde, il lui dit : « Tu vois les étoiles là-haut. Et bien il parait que quand quelqu’un meurt, une étoile de plus
s’allume dans le ciel. »
Et oui.
Pour avoir osé dire un truc pareil, et si le personnage de la fille avait été crédible, ou titulaire de son grade dans la fonction publique, elle aurait très certainement jeté le commandant
dans la Seine.
bande annonce de Flics, premier épisode le 9 octobre 20h45 sur TF1
audience
jeudi 9 octobre :
Le premier épisode a été suivi par 7,1 millions de téléspectateurs, soit 27.7% de part d'audience (32.3% sur les femmes de moins de cinquante ans).
Le deuxième épisode accuse une chute d’audience de 1.2 millions de téléspectateurs, soit 26.4% de part d'audience (30.0% sur les femmes de moins de cinquante ans).
jeudi 16 octobre :
Troisième épisode vu par 6.4 millions de téléspectateurs, soit 25.3% de pda (30.7% sur les femmes de moins de cinquante ans).
Quatrième et dernier épisode : 5.5 millions de téléspectateurs, soit 24.7% de pda (28.9% sur les femmes de moins de cinquante ans).
source : TF1 / Médiamat Médiamétrie
(image : Frédéric Diefenthal et Sami Naceri dans Taxi)
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