Bernard Vigna

16 Août 2008

mise à jour du 17 mai 2010 :

Il faisait partie des premiers dégâts collatéraux des ennuis de Chapour Bakhtiar.
Aujourd’hui, il n’est plus là pour s’énerver des bizarreries diplomatiques.
Et c’est pas plus mal...

Remise en liberté et retour en Iran de l'assassin de Chapour Baktiar
 

  Bernard est mort.
  Il avait 51 ans.
  Je l’ai appris d’un collègue tout à l’heure.
  Bernard était rentré dans la police nationale en 1978, et il avait été affecté à la CDI92 (compagnie départementale d’intervention).
  Il avait 22 ans quand il a été très gravement blessé par balles lors d’un attentat terroriste commis contre Chapour Bakhtiar, ancien premier ministre du Shah d’Iran, opposant de Khomeiny, en exil en France.
Cette tentative d’assassinat à couté la vie à Jean-Michel Jame, fonctionnaire de police, et une civile de l’immeuble suite à une "erreur" de repérage des terroristes. Bernard a reçu une rafale de mitraillette dans le dos et, paralysé à vie, a passé le restant de ses jours dans un fauteuil roulant.
  Le chef du commando terroriste, Anis Naccache, d’origine libanaise, et ses quatre complices sont arrêtés, jugés et condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, et à vingt ans pour l’un d’entre eux.
  Ils seront néanmoins tous graciés par le président de la République française en 1990, soit dix ans après les faits, dans le cadre d’une négociation entre la France et l’Iran.
  On a vu Bernard à ce moment-là, il faisait une drôle de tête…
  Surtout quand la clique de Naccache lui a proposé deux millions de francs (me semble-t-il, mais sans certitude) à titre de dédommagement du préjudice subi. Bernard n’a jamais voulu de cet argent. Jamais. Il a vécu d’une modeste pension.
  Chapour Bakhtiar a finalement été assassiné en France, dans les Hauts-de-Seine, un an après la libération de Naccache et de ses complices.
  Anis Naccache vit aujourd’hui à Beyrouth. Architecte-décorateur de profession, premier terroriste se réclamant d’une mouvance religieuse extrémiste, il est à présent un homme d’affaire reconnu et conseiller en stratégie.
  La santé de Bernard a continué à se détériorer. Il devait voir un kiné tous les jours, et faisait de multiples séjours à l’hôpital pour des complications de son état, de plus en plus souvent et de plus en plus longs et douloureux.
  Ses anciens collègues ont continué à lui rendre visite, fidèlement. Il vivait dans les Hauts-de-Seine, et il n’était pas rare de voir une patrouille s’arrêter chez lui. Mais sa vie était un enfer de douleur.
  Bernard est mort.

 
 J’aurais envie de dire beaucoup plus. Sur lui, sur l’inutilité du sacrifice de sa santé, de sa vie, sur tout ce que cette terrible blessure, ce handicap ont empêché… Sur les vies qui comme la sienne, font partie des pertes et profits de la République. Mais à quoi bon… 

  Personne ne sait qui est Bernard Vigna.
  Mais Bernard, ses yeux bleus, ses cheveux longs, son rire, son putain d’appartement dans sa cité Picasso pourrie, son fauteuil roulant, tout ça vit encore dans mon souvenir, et celui des collègues.

  Adieu collègue, j’aurais voulu te revoir avant le grand départ.

  En souvenir d’un des bons moments passés avec Bernard, j’avais écrit un texte :
  La blessure

Les commentaires de ce billet ne sont a priori ouverts que pour les collègues.
Merci de laisser des messages sans haine, et sans appréciation "politique" des faits.
Si quelqu'un de la CDI92 ou de l'UMS92 passait par là, et avait en sa possession une photo de Bernard, j'aimerais bien...

Bénédicte Desforges

#actu police

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MARTIN 23/04/2009 06:30

Bonjour BENE, cela fait longtemps que j'ai quitté les UMS 92 où je t'ai quitté pour le 93. Pour BERNARD nous étions de la même promo et c'est vrai c'était un sacré gaillard, j'ai appris trés tardivement son décés il restera plus qu'un souvenir dans ma mémoire. Continue ! Joseph........

JA Richard 03/09/2015 16:51

Bonjour, je suis journaliste à RTL. Je cherche à contacter la famille de Bernard Vigna. Toute information bienvenue. Merci par avance.

le flic 23/04/2009 13:52



Merci Joseph.
Je t'envoie un mail tout de suite..



Ptiga 19/03/2009 08:55

C'est bien d'avoir parlé de notre collègue sur ce blogue que j'ai également découvert récemment. Je ne connaissais pas Bernard, mais c'était MON collègue, et je pense qu'il méritait mieux de la vie. Adieu mon collègue.

thierry 10/02/2009 11:33

Bonjour, je viens de découvrir ce site et en lisant tous les articles, je suis tombé sur celui qui parlait de Bernard Vigna. J'ai connu Bernard lorsque je suis arrivé à la CDI92 en 1994. Avec les anciens du service, on se rendait régulièrement chez lui à Nanterre, le temps de boire un petit coup, de discuter et de plaisanter. Il était toujours de bonne humeur. Nous avons aussi fait des repas de Noël en sa compagnie. J'ai été très attristé d'apprendre son décès mais voir cet article et les commentaires m'ont fait plaisir.
Merci pour lui
Repose en paix Bernard

le flic 10/02/2009 14:34



Merci Thierry d'être passé par là.
Je suis une ex UMS 92, c'est comme ça aussi qu'on allait rue des Fontenelles à Nanterre.
Au cas où tu aurais une photo de Bernard, tu peux me faire signe ?
Très amicalement,
B.



jc 19/11/2008 00:03

je te l'envoie si tu veux le numero mutualiste de la MGP (car ça reste tres medical comme papier ! et je fais pas collection) tu auras un souvenir de cette personne que je n'ai pas connu mais, qui a travers tes ecrits, m'a paru une personne pleine de ce que je ne serais jamais surement. La police elle même a beaucoup changé, elle mue....Si tu reviens dans nos rangs, tu seras effrayée de voir à quel point la mue est rapide, se fait et se montre ineluctable....

T'es pas oblige de l'editer ce commentaire! Pour le "canard MGP" tu sais ou me joindre

jc 18/11/2008 20:41

Le dernier bulletin de la MGP a laissé un petit mot avec sa photo rappelant quelle personne il a été et le conseil d'administration lui a rendu un dernier hommage

le flic 18/11/2008 23:39



Merci JC, je vais essayer de le trouver, ou même je vais les appeler.
Et merci d'être passé !



boisson chantal 11/10/2008 19:05

merci d'avoir parlé de Bernard dans ce blog, il méritait qu'on parle de lui et qu'on ne l'oublie pas, c'était un exemple de courage. Je le connaissais un peu pour l'avoir vu à la prefecture dans certaines réunions avec les familles de Policiers.

laurine 11/09/2008 15:06

mon homme est flic, j'ai tjs peur qu'il lui arrive quelque chose, c'est si vite arrivé ...
un de ses collègue qui était en moto s'est pris une autre moto de plein fouet (un gars poursuivit par une voiture de police), c'était un pur hasard qu'il soit là au même moment mais résultat il est en arrêt depuis 3 mois, a subi quelques opérations (clavicule cassée, fracture de la cheville) et sa jambe est tjs aussi laide, une plaie ouverte purulente et sanguinolente.
j'ai peur des "accidents" ou des actions délibérées anti-flics, mais je fais avec, j'suis bien obligée.

Šαη∂уσηαяα 18/08/2008 22:03

Lors de mon passage à la CDI 92, j'avais entendu parler de ce collègue. je suis triste d'apprendre son décès... :(((

fanette 18/08/2008 17:57

Généralement je ne te commente pas, mais cet article m'a giflé. Heureusement que tu en as parlé. Heureusement que je suis passé là aujourd'hui.

Fiso 18/08/2008 17:19

J'ai lu ton texte sur le 31 décembre à la cité Picasso.
A la maison, quand mon père partait sur une intervention, surtout pendant les vagues d'attentats, je me disais "pourvu que". Maintenant, il coule une retraite peinarde mais d'autres collègues n'ont pas connu cette chance. Une pensée pour Bernard, donc, et pour toutes ces vies brisées de façon absurde et injuste.

Yves Duel 18/08/2008 13:14

Hommage...

Vince 17/08/2008 17:32

Dis donc ... ça sentirait pas la PI Touch tous ces RIP ??

(ouais, sale humour, mais j'vais pas citer Desproges pour m'justifier ... )

le flic 17/08/2008 17:50



Non, c’est pas du sale humour, tu as raison. Et tu sais que les RIP, j'aime pas trop ça non plus.
Utilité relative des commentaires, c’est pour ça que j’ai hésité.
Mais là, je préfère laisser une petite porte ouverte au cas où passerait un ancien du 92.
Et puis tu sais quoi, Bernard il était pour ainsi dire inconnu d’internet. Maintenant il a comme une petite plaque commémo par ici. C’était pas voulu, mais c’est pas plus mal.



Calpurnia 17/08/2008 01:40

Je ne commente que rarement.
J'avais été émue par ton premier texte, je le suis encore plus par celui là.
Je fais partie de ceux qui n'ont que deux options et ne savent pas en quoi croire : soit il a tout oublié de ses souffrances, de sa grandeur et de son courage, soit maintenant il voit tout cela détaché et enfin libre, avec un petit sourire en coin.
Je lui souhaite la seconde option.
Et merci à toi de lui avoir rendu cet hommage sobre et poignant.

Denis 17/08/2008 00:02

Jeune Flic, j'ai patrouillé cité Picasso.
Je me suis dit "Qui peut bien vivre ici?..!!.??..."

J'avais lu ton texte, j'avais pas tout compris....

Quelques mots pour Bernard dont j'avais vaguement entendu l'histoire racontée par des anciens, celle d'un flinguage de flics.

Condolèances sincères à la Famille.

GreG 16/08/2008 22:09

Mes sincères condoléances à sa famille, à ses collègues et amis...

nonoski 16/08/2008 18:52

J'ai moi aussi 51 ans et j'étais jeune policiere à l'aréoport d'Orly au moment de l'attentat.
L'ors de la grace Présidentielle j'ai compris ce qu la politique peut faire faire aux hommes.....
N'oublions pas les proches de ce collègues et tous les autres qui sont partis au paradis des flics , paix à leurs âmes .

Martine Réunion 16/08/2008 17:53

Pas collègue.....mais femme de collègue.
Avec un fiston pas dans le métier (avec des dreads, ça le fait pas....) mais qui accompagne régulièrement en colo. les jeunes d'Orphéopolis....des jeunes dont le père, la mère ont fait partie des pertes et profits de la République, comme tu le dis. Alors en passant chez toi, comme je le fais de temps en temps, j'ai une pensée pour ce collègue dont la vie a été complètement gâchée et pour les autres. Derrière tous ces drames, il y a tellement de dommages "collatéraux" et d'autres vies brisées......

Jayos 16/08/2008 17:51

Puisse Bernard trouver la paix qu'il a si souvent gardée. J'espère que ses proches trouveront le récomfort.

mebahel 16/08/2008 12:18

Merci pour lui, et merci de nous donner à nous en souvenir.

gabian 16/08/2008 10:13

Je ne connaissais Bernard que par ton texte, et les vagues souvenirs de cette histoire, cette minuscule infamie de la grande géopolitique.
Bernard existe maintenant pour moi, parce qu'il est mort.
J'ai sans doute en moi des litres de bile prêts à se vomir, mais ce matin je laisse la rébellion du lambda contre la raison d'état se dégonfler, inepte et malvenue, prétexte à littérature oiseuse.
Je te remercie de l'avoir fait vivre encore un peu. Bernard est mort.