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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 23:41




 
  Vite fait en passant, je voulais contredire une idée reçue.
  Non, le métier de policier n’est pas un psychodrame perpétuel…

  J’étais alors jeune officier.
  J’avais abandonné ma condition de gardien de la paix pourtant si chère à mon cœur, au prix d’un an de scolarité à Nice, rendu particulièrement pénible par les nombreux allers et retours à la plage qui nous étaient imposés après les cours, dès le début du printemps. Il fallait qu’on ait meilleure mine que les inspecteurs de police de l’époque, qui passaient leur année de formation dans l’Yonne, dans une école qui ressemblait à un HLM rural échoué dans les champs de betteraves.
  La guerre des polices n’était alors qu’une simple affaire de géographie et de météo. Pluie et boue pour les civils, soleil et mer pour la tenue. Par la suite c’était bureau et chauffage pour les civils, et pluie et rue pour la tenue, mais bon…
  J’avais été affectée exactement où je voulais exercer, le 18ème arrondissement de Paris, et forte de mes nouveaux galons blancs et droits, en lieu et place des chevrons, j’avais désormais des exigences de cadre. Il me fallait un chauffeur pour tous mes déplacements, même dans les locaux du commissariat central. C’est pas qu’il était immense et qu’on s’y perdait, il n’y avait qu’une seule grande salle, et c’était ma foi bien pratique. Dans un petit périmètre on pouvait y trouver le chef de poste qui était également chargé de l’accueil du public, quelques tables avec des bécanes pour faire rapports et procédures, des bancs aux pieds assez solides pour supporter une extrémité de menottes, la garde à vue, et les poubelles. Au milieu il y avait une colonne. Quand les Anciens passaient à coté d’elle, ils la caressaient affectueusement en disant « Ah si la colonne pouvait raconter tout ce qu’elle a vu… » Et un petit bout de couloir plus loin, il y avait une douche sans eau, des toilettes bouchées, et un réduit qu’il était convenu d’appeler vestiaire.
  Alors un chauffeur, c’était une question de prestige dont je ne pouvais faire l’économie au vu de la lourde tâche de commandement qui m’attendait. Une centaine de gradés et gardiens de la paix était aux aguets de mes premiers bafouillements confus. Il y avait plein de choses que je découvrais. Je venais d’une unité départementale d’anticriminalité, et un certain nombre de rapports dits « de service général » relevait pour moi de la haute-voltige rédactionnelle. En clair, j’allais devoir faire semblant de savoir faire en attendant de savoir faire. La formation d’officier avait passé ce genre d’exercices sous silence, préférant d’obscurs cours sur l’art de commander, avec schémas géométriques à l’appui.
  Bref, je devais asseoir mon autorité sur autre chose que la compétence universelle que je n’avais pas. D’où l’idée géniale du chauffeur qui allait détourner l’attention de mes effectifs loin de mes inaptitudes.
  Le scooter volé était un parfait compromis pour me faire trimballer jusqu’à la cafetière. Petit, maniable et peu bruyant, je pouvais demander à mon chauffeur que j’avais emprunté à la BAC, de faire le tour de la colonne sans troubler la quiétude des gardés à vue. Les scooters volés étaient en principe garés en consigne devant le commissariat, mais il était arrivé qu’ils y soient à nouveau volés. Même si l’on s’y fait moins égorger et détrousser qu’avant que le baron Haussmann ait fait installer l’éclairage public dans Paris, les rues ne sont pas si sûres que ça. Hé oui… Il y a des kamikazes de l’audace.
  Mais quand on quittait ce petit huis clos que je viens de vous faire partager, ils avaient intérêt à courir beaucoup plus vite que nous.

 


Avertissement :
Il est bien évident que cette scène fait authentiquement partie de mon vécu policier, que tout est vrai, que la photo n’est pas truquée, que je ne suis pas truquée non plus, que l’individu qui pilote le scooter est un vrai flic et pas un action-man, et que j’ai obtenu le grade d’officier de façon régulière.
En conséquence et en accord avec moi-même, sachant que ce récit fait l’objet d’un copyright dont je suis l’exclusive détentrice, je dépose un brevet sur le principe de la libre circulation des deux-roues volés dans les locaux de police, pourvu qu’ils soient montés par des fonctionnaires de police, titulaires ou non dans leur grade.
Il va donc de soi que s’il s’avérait qu’un producteur ou un réalisateur de fictions policières me pique cette idée et la mette en scène sans que je lui aie chèrement vendu les droits qui me sont inaliénables, je lui mettrais illico mon avocat (qui est très méchant) au cul.

 

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commentaires

Homo sapiens 09/06/2008 16:39

Que voici un blog attachant! J'y tombe un peu par hasard: il est rare que je m'intéresse à la boutique en dehors du service... ;o) Je ne peux dire que ceci: après bientôt 27 ans, je ne suis jamais venu en regrettant de m'être levé. Peu de gens peuvent dire ça!

Vince 24/05/2008 19:47

Quand les Anciens passaient à coté de la colonne ... Marrant, un de mes vieux m'en a parlé. Avec émotion !! Commme de toutes ses années 18.

Mais seulement tes anciens peuvent parler de cette barre, toi non ?! mouais ... j'doutes !!

le flic 25/05/2008 22:29



Ah ben la colonne, c'est un peu le totem de l'ancien CP18.
D'ailleurs, faudrait la classer monument historique et la mettre sous la protection de l'unesco. C'est pourquoi cette photo est une rareté :D
Mais sinon, moi j'ai rien à dire. Rien de rien. J'me rappelle pas bien. T'as qu'à demander à la colonne :D



Denis 24/05/2008 13:08

Bises Béné.

On va éviter quand meme...

C'est cool de te lire. @+

le flic 25/05/2008 22:26



En même temps, faut dire que les vieux cons sont de plus en plus jeunes :o)



jcparis75 23/05/2008 23:52

Bonsoir,
J'ignorais la véritable raison de ta disparition du service, "On" nous avait dit que c'était une dispo pour élever ton enfant . . .

le flic 24/05/2008 00:46



Salut JC. "On" n'a pas tort. Mais avant ça, deux mut art.13. Et "on" sait pourtant que ce n'est un secret pour personne :o) Bizzz



Denis 22/05/2008 23:15

'soir Béné.

Tu sais, on a peut-etre touché le fond quand meme, et peut-etre meme pour y rester. Je dis çà comme çà.
Parait que c'est "coz" à la mondialisation.... Après les guerres mondiales, la mondialisation... Salaud de Monde, Salauds de Pauvres, Salaud de Flic!

Coucou en passant.

le flic 24/05/2008 00:43



Coucou Denis :o)
Bon, on va pas parler comme des vieux cons, hein. Bizoux.



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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