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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 03:00

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  En plus des risques inhérents à l’exercice des fonctions quotidiennes du policier (je cause administratif, là… c’est comme veuillez-me-présenter-les papiers-afférents-à-la-conduite-du-véhicule-s’il-vous-plait, qu’est-ce que j’aime cette formule décidemment…) le jeune gardien de la paix stagiaire, ou gardien de la paix nouvellement affecté dans un service, encoure la probabilité d’un bizutage ou d'une blague initiatique. C’est en tout cas ce qui se passait dans les services où on avait encore un peu de savoir-vivre et le sens de la tradition. C’était aussi, il faut le préciser, un temps où la prime au mérite n’existait pas. On avait donc un peu plus de temps pour démériter.
  En ce qui me concerne, la blague la plus mémorable ne m’a pas été faite dans la police mais chez les pompiers. Je faisais un stage de deux semaines non-stop dans une caserne de la BSPP. Et dans cette caserne se trouvait la perche de feu la plus haute de Paris et même d’Europe d’après ce qui se disait. L’équivalent de trois étages si mes souvenirs sont bons. Tous les jours, quelqu’un me posait la question « Alors ? Tu essayes ? » Mais j’ai le vertige, voyez-vous, alors je ne m’approchais même pas du trou des planchers des étages que la perche traversait. Sueurs froides. Je me contentais dès qu’une sonnerie retentissait, de regarder descendre les pompiers, les uns au dessus des autres, à une vitesse qui me paraissait être celle de la chute libre.
  Pourtant, le dernier jour du stage, je me suis dit que c’était tout de même ballot de passer à côté d’une telle opportunité. J’étais bien montée sur la grande échelle pour regarder flamber un entrepôt, et je n’avais pas pris feu pour autant. Donc, il n’y avait après tout pas de raison rationnelle à ce que je me décroche de la perche en pleine descente. Très tôt dans la matinée, nous étions intervenus pendant trois longues heures sur un accident mortel sur le périphérique, et je me sentais incroyablement vivante et prête à tout. Ce serait aujourd’hui ou jamais.
  « Bon. Comment je m’accroche à ça alors ?
  - Aaaah ! Quand même !
  - Et bien oui. Ça fait quinze jours que je m’essaye à la planche en pleine nuit pour que personne ne me voie échouer lamentablement, je serai peut-être moins tarte dans le sens descendant qu’ascendant… »
  On m’a donc gentiment expliqué comment mettre mes pieds et mes bras autour de la perche en cuivre, et je l’ai descendue à environ mach 2. J’étais encore en train de l’enlacer fougueusement que je me suis prise un seau de cinq litres d’eau glacée sur la tête. Trois étages plus haut, une bande de pompiers hilares. Après avoir à leur tour emprunté la perche et atterri dans la flaque d’eau, ils m’apprirent que je venais d’être baptisée comme ils l’avaient été. Je garde un excellent souvenir de ce sacrement.
  Dans la police, il n’y a pas de rituel particulier. Tout se passe au gré du contexte et de l’environnement. Il était par exemple d’usage dans le seizième arrondissement de Paris d’envoyer les jeunes gardiens de la paix femelles procéder aux fouilles à corps des prostituées. Sauf qu’il n’y a par là-bas – au bois de Boulogne - pratiquement plus de prostituées de sexe féminin, mais plus généralement des pulpeuses créatures répondant aux prénoms de Roberto ou Jean-Marc.
  Chez les motards, j’ai entendu dire qu’on avait envoyé des nouvelles recrues aux services techniques y chercher les clés du périphérique pour les fermetures dudit boulevard. Ils recevaient toujours un accueil très chaleureux bien sûr…
  Au quotidien, les blagues étaient redondantes. La capote au bout de la matraque était devenue presque banale. L’armoire vestiaire retournée, porte contre le mur, pour les collègues qui arrivaient chaque jour avec trente secondes d’avance pour se mettre en tenue à la prise de service, était aussi une blague quotidienne. Un camembert dans le ventilateur de la voiture en plein été était toujours le bienvenu aussi. Ou une sardine.
  Une des pires blagues avait été faite à une collègue qui assurait un standard radio dans un petit poste annexe. Pour soulager le standard principal, elle ne traitait que les demandes pour le fichier des personnes recherchées. Elle était très consciencieuse dans sa mission. Après l'interrogation du terminal pour deux identités sans histoires, on lui avait glissé un des sept ou huit alias de Carlos. Tout le pedigree du terroriste était alors apparu sur son écran, assorti de toutes sortes de messages et de consignes excessivement alarmantes. « Individu très dangereux », « ne pas interpeller mais prévenir la brigade criminelle, tous les services de lutte anti-terrorisme, la DST, que sais-je encore… », etc. D’une voix tremblante, elle nous avait demandé de répéter l’identité suspecte, ce qu’on avait fait d’un ton très naturel. Et puis elle nous avait bafouillé de nous éloigner, de faire très attention, de rester sur nos gardes, et qu’elle ferait le nécessaire. On l’a évidemment aussitôt recontactée pour lui dire qu’il ne s’agissait que d’un poisson d’avril. Elle n’en a ri que le lendemain… Et puis Carlos a été arrêté quelques mois plus tard. Sans blague.

Avertissement : Les blagues ci-dessus mentionnées ne doivent être mise en œuvre que par des fonctionnaires qualifiés et titulaires. Le rédacteur décline toute responsabilité en cas de foirage ou de litiges avec la hiérarchie (nb : de préférence, faire des blagues à collègues de grade identique ou inférieur, le cas contraire comportant un risque non négligeable).

Vos témoignages et idées de gags de flics sont les bienvenus.




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commentaires

laurence la fonceuse ;) 02/05/2009 22:04

Coucou je lis avec attention tes histoires où je m'y retrouve pas mal et/ou qui me rappel quelques collègues partis. Je suis au périph' et oui on le fait encore le coup de chercher les clés pour le fermer... entre autres... sinon il y a le coup de compter les voitures à la guerite en vue de l'emplacement d'un nouveau feu rouge lol bons souvenirs ca...
En tout cas, ce sont grace à ce genre d'histoires que j'ai voulu être flic et je suis fière d'être ce "Flic" ;) continue d'écrire! bise

le flic 03/05/2009 15:56



Merci Laurence !
je te souhaite bon courage au boulot (et ne persécute pas trop les pov' stagiaires... quoique... si, continue, faut perpétuer les traditions.)
:o)



ROMAIN 16/08/2008 03:53

Bonjour
Anciennement pompier volontaire puis marin pompier et finalement je suis maintenant adjoint de sécurité oui je sais je me cherche. J'ai vu ton poste un tard peut-être alors si tu veux des bizutages sympa j'en connais quelques uns il y a le pot de cipryne tu envoies un jeune stagiaire gpx ou ads ou qui tu veux peu importe tu lui dit d'aller chercher un bon pour un pot de 5 litres de cirpyne au chef de poste ou autre personne puis de se rendre au garage du commissariat (responsable du garage ou du matériel ) pour recuperer le pot et ne pas oublié de préciser que c'est un lubrifiant qui servira a graisser les armes ou autre connerie de ce genre bon verifie au prealable que la personne concerne ne connaisse pas le dit produit voilà une fois la tache effectue tout le monde peut rire oui c'est vraiment trop drole.
tu as aussi le bouton qui sert à faire fonctionné l'alarme tu sais tout les premiers mercredis du mois en général le bouton est situer dans une église au sommet du cloché et qu'il faut verifier si personne n'a voler la clé pour enclencher l'alarme en cas de coup dur.
Tu as aussi toujours si tu es a paris la possibilité d'envoyer ton egpx resseré les boulons qui tiennent la tour eiffel debout ou bien les cables qui retienne l'ilot de la SEINE et oui tout les bizutages sont bon.
Quand j'étais pompier les bizutages ca ne manquait pas et ca ce transmet de generation en generation a oui j'ai failli oublier un dernier plutot cool tu prend toujours pareil EGPX et tu lui dit qui faut lui faire passer l'Habilitation pour conduire les scooters ou moto de petite cilyndrée tu prend un bureau et une chaise et deux cuillieres a soupe sans oublier les seaux d'eau tu met ta chaise sur le bureau tu invite le stagiaire a s'assoir sur la chaise et a positionner les cuilleres devant ses yeux et a les fermer il faut lui faire croire que se premier test sert à tester l'équilibre alors tu lui parle en lui disant qu'il s'imagine sur une moto et tu lui raconte un parcour donc ca commence tranquille tu lui suggeres de tourner a doite puis a gauche puis tu passe sous un pont evidemment y doit mimer le parcour que tu lui a soigneusement imaginé donc tout les obstacles son bon mami qui traverse feu rouge comme sur la route quoi et pour finir sans qu'il si attende un ou deux seaux d'eau lui tombent dessus bien sur il est passer dans une flaque d'eau voilà il est habilité bonne route.
A la caserne c'était vraiment trop rigolo les bizutages la queue cirée avec le bon cirage spécial RANGER les lits en cathédrales quand tu dors j'en passe et des meilleurs les grosses partouzes a non faut pas le dire la messe du dimanche à l'église bon les idées ne manque pas et ca crée une vrai cohésion de groupe ce qui manque cruellement dans la police ces derniers temps dommage.
Voilà

patdem 21/07/2008 10:07

J'en ai fait pas mal, noeuds à la tenue des collègues, tenue parfumée au patchouli de la porte de montreuil ou au maroilles.
-Dessous des chaussures peint au blanco (ça se voit à peine en ilot) ou chaussures collées à l'interieur de la porte vestiaire du collègue (aucun placard ne nous resistait).
-Pétards dans le bureau du chef de brigade ou shit cramé dans le tube qui menait au SLT à l'étage (pour ceux qui connaissent le CP20)

Mais j'en ai reçu aussi. La meilleure est lorsque j'ai ouvert mon placard à 06h25 et que celui-ci était vide, une clef scotchée à l'interieur avec un mot "vas-y cherche maintenant" et je me suis tapé plus de 200 placards au sous sol en essayant tous les cadenas pour retrouver ma tenue. J'ai bien évidemment loupé l'appel mais le chef était dans la combine.

alex 16/05/2008 23:06

Hehe moi on m'a emmené taper le controle dans un cinema porno plein de travs ds un arrondissement que je ne citerai pas..et ou les collègues te sèment après le contrôle en passant dans la salle noire^^ Et on a aussi voulu me faire le coup des "clés de la porte de saint ouen, versailles ou autre" :p mais le plus mémorable restent les 50 pompes tous les matins!!! sans compter le "sirop de cordam", comprenez sirop de corps d'homme que l'on m'envoyait chercher dans une pharmacie...doux souvenirs, n'empêche..

Dom 02/03/2008 00:34

Pas de blague de flic, mais je te raconterai comment j'avais emprunté le tampon du Ministère des Postes et télécommunications, en d'autres temps, et fait marner tout un bureau de poste de la région parisienne à la recherche d'un cadeau fantôme.
l'ami piégé lui, qui avait perdu deux heures et une partie de sa fierté m'en a voulu longtemps.

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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