Suicides dans la police : hasard ?

20 Septembre 2009


Il y a près de chez vous, un PDG qui a parlé de mettre un point d’arrêt à cette mode du suicide qui choque tout le monde.
C’est vrai, quoi, il n’a pas tort. Elle est moche cette mode, elle fait la mine grise et le teint palot à qui l’adopte. Et en plus ça choque tout le monde, dit-il.
Déjà que tout-le-monde s’était ému de cette vilaine mode de la burqa cet été, voilà que la collection d’automne apporte la tendance suicide.
C’est vraiment de mauvais goût.
Et puis tout-le-monde, il ne faut pas le choquer, il ne faut pas l’ennuyer avec tous ces malheurs qui n’arrivent qu’aux autres, il ne faut pas non plus lui donner l’idée d’être attentif à qui l’entoure, et éventuellement des envies de solidarité.
Des fois que tout-le-monde aurait l’idée de se serrer les coudes, imaginez le tableau…
Non, tout-le-monde, il ne faut pas l’inciter aux sports d’équipe, il faut lui foutre la paix, et le laisser rêver à un monde meilleur, sans crise et sans crise de nerfs.

Mais voilà, par ici on a un faible pour la mode, surtout quand elle est indémodable, et il m’est venu l’idée de vous redonner à lire l’article qui suit, que j’avais rédigé en janvier 2008, quand la mode du suicide chez les fonctionnaires de police avait eu comme un spasme et une odeur de poudre.

Le chiffre qui circule - je le précise, de façon tout à fait officieuse, et non vérifié - fait état d'une moyenne de 1 suicide par semaine dans la police nationale.

 

article du 24 janvier 2008 :

Je ne souhaitais pas parler des suicides dans la police. Mais ne pas parler c’est tout juste moins pire que la langue de bois, et les discours convenus, relus et approuvés…
Le suicide dans la police, c’est un sujet sensible, et délicat à traiter car on peut - il y a des experts pour ça - faire dire ce qu’on veut aux chiffres (quels chiffres, d'ailleurs ?)
On peut évoquer le phénomène de "l'effet d'annonce", être plus indécent et parler de "contagion", évoquer le métier dans ce qu'il a de difficile, mais on peut aussi se taire, ce qui semble souvent être l'option retenue.

Tout et son contraire peut être démontré pour peu qu'on ait déjà décidé de la conclusion ou du message à passer.

Pour relativiser, on pourrait dire :
- Les hommes se suicident plus que les femmes, et il y a plus d’hommes que de femmes dans la police.
- Le moyen du suicide est à portée de main du policier, ce qui réduit considérablement le temps de réflexion, si tant est qu’on est en état de réfléchir la seconde d’avant. Donc, il y a plus de suicides réussis que de tentatives chez les flics.
- Les fonctionnaires de police se suicident souvent pour des raisons qui relèvent de la vie privée.
- Il y a d’autres milieux professionnels qui comptabilisent beaucoup de suicides.
etc… etc…

Mais, voilà aussi ce qu’il faut dire :
Le flic est sous une pression permanente et multiple.
- La hiérarchie pas toujours attentive et compréhensive au regard des tâches qu’elle n’accomplit pas mais qu’elle ordonne, elle-même sous pression de sa propre hiérarchie.
- Les couleurs politiques et toutes les demi-mesures plus ou moins productives qu’on demande aux policiers d’appliquer successivement au long de leur carrière.
On peut ressentir un immense sentiment d’inutilité, susceptible de contaminer toutes les sphères de sa propre vie.
- La perception que le citoyen a du policier, avec le renfort servile des médias, l’hostilité permanente pour certains d’entre nous. Et rien n'indique que ça peut aller en s'améliorant.
- Le danger de ce métier, les blessés et les morts en service, en nombre suffisant pour que chacun d’entre nous en héberge quelques uns dans sa mémoire (la vulnérabilité physique du fait d’autrui, se faire blesser, mutiler, tuer en service, n’est pas si courant que ça dans le monde du travail)
- Le fonctionnaire de police subit de plus en plus de violences physiques, et on ne lui propose que l’usage de moyens violents en réponse.
Il est le bouclier unique et absolu contre toutes les manifestations brutales des dysfonctionnements sociaux. L’intégrité physique est une entité fragile. Celle de "l'autre" puisque ce métier implique de souvent le constater, et aussi la sienne. Vous avez dit suicide ?
- Le stress que ce métier engendre, les horaires atypiques, des vies de famille qui ne s’en relèvent pas…
etc… etc…
Avec cette énumération rapide et incomplète, je reste modérée, presque évasive.
Parce que tous ces mots sont banals.


Plus explicite, je vous laisse lire cette lettre que j’ai reçue :

Salut à tous,
Voilà une semaine que je lis dans les journaux un article par jour, épuré et conforme aux directives du ministère de l'intérieur… ayez confiance, tout est sous contrôle…
Le malaise est présent. Tous se posent la question : pourquoi cette "vague" de suicides, de dépressions et de rendez-vous chez le psy ?
Messieurs, vous n'avez qu'à venir au niveau des flics. Ah non c'est vrai on ne les trouve plus beaucoup au service, car ils ne doivent ni perdre de temps à rédiger leurs procès verbaux, ni prendre le temps d'un café, d'ailleurs ils ne doivent être présents que sur la voie publique, pas question de souffler après une intervention difficile, des contrevenants rôdent il faut sévir… la prise de contact avec nos concitoyens ne se fait que par écrit : la contravention.
Mais où est le malaise ?
- Impossibilité de se laver les mains en l'absence de produits = gain de temps.
- Le temps de passage au poste des patrouilles est contrôlé (bientôt surveillance par GPS) = gain de temps.
- Le panneau des petites annonces entre collègues a été ôté = gain de temps.
- Nous devons rendre compte à la minute prés de l'activité mais en moins de 20min pour une journée = gain de temps.
- Pour de 8h15 de travail continu, le temps de pause journalier est passé de 45 min à 20 min, ceci comprenant l'arrivée au service, le passage aux toilettes, le repas et le départ = gain de temps.
Comme nous sommes payés en heures de récupération (travail jours fériés et WE) que nous ne pouvons prétendre uniquement selon les nécessités du service (exit les WE, les jours de cour d'assises, les vacances scolaires, et les jours de manifestation de quelque nature qu'ils soient) pour gagner un peu de temps, ils ont inventé un impôt horaire quotidien de 6 min, d'où le temps de pause de 45 à 20 min…
Contrairement à ce qu'avancent certains détracteurs, nous ne sommes payés que sur 12 mois, toutes nos primes sont imposables, l'heure de nuit est majorée à 1€, pas de prime de fin d'année, ni pour les vacances, mais de toute façon avoir 15 jours de vacances en été est un luxe. Et l'hiver c'est Noël ou 1er de l'an voire les deux au boulot.
Pas de temps de déshabillage, pas de briefing ni de débriefing, pas de prime repas, pas de cafétéria non plus, vive les sandwiches et autres plats préparés. Les sautes d'humeur et les coups de barre sont à proscrire, en cas de gastro intensive il vaut mieux se porter pâle car sinon c'est plusieurs fonctionnaires qui pâtissent du temps perdu aux toilettes.
La formation continue n'existe pas, pas plus que l'entraînement hormis l'obligation des 3 séances de tir annuelles.
La promotion est squelettique, des examens et concours absurdes vous donnent la fonction mais pour le grade et le salaire faut s'armer de patience… la liste est longue.
J'arrête là je ne voudrais pas vous foutre le cafard avec nos problèmes.
Alors en effet quand un jeune entre dans la police il ne pense pas qu'il va vivre ça, c’est écrit POLICE-SECOURS, mais c'est Police "au secours"…
Fuyez voilà la Police… Le pire c'est qu'en vingt ans les "anciens" ont la même désillusion.
Et quand le policier s'enfuit c'est souvent tragiquement.
Je remercie nos syndicats qui après avoir vendu notre droit de grève et celui d'ouvrir nos gueules, ne servent à rien sauf à apporter un peu d'espérance.
Mais quand on ouvre les yeux, le malaise est profond, et certains ne voient aucune issue. L’arme à la ceinture est d'une simplicité et d'une efficacité redoutables. En principe il n'y a aucun signe avant-coureur, c'est la surprise pour tous. En quelques années, le nombre de suicides s'est multiplié par deux, mais comme il n'y a aucun chiffre officiel, c'est tabou, c'est peut être pire que cela…

- un collègue -

Documents :

  • Le Monde du 23 janvier 2008 ici
  • AFP 24 janvier 2008 ici
  • Libération du 29 janvier 2008 :
    "La course aux chiffres accusée après des suicides de policiers"  ici
  • À relire aussi : Le Figaro (octobre 2007) ici
  • Étude menée par Nicolas Bourgoin, maître de conférence en démographie sociale et chercheur au laboratoire de sociologie et d'anthropologie de l'Université de Franche-Comté (1996) ici
  • Article de Frédérique Mezza-Bellet, sociologue à l’Orphelinat Mutualiste de la Police Nationale (2001) ici

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18 novembre 2009, suite :

Suicides dans la police : un plan de réduction des effectifs ?


Si vous souhaitez apporter une remarque à ce qui précède,
je vous remercie de le faire avec retenue.

Bénédicte Desforges

#actu police, #suicides

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morel 11/11/2015 01:37

voila le commentaire que j'ai fais sur la dépêche.fr concernant le suicide des policiers....faites tourner si vous êtes d'accord.....

si aujourd'hui, les syndicalistes étaient vraiment indépendants, non tenus par des subventions gouvernementales (rattachés à une fédération style FO), moins à la recherche de leur déroulement de carrière, nous aurions moins de suicides dans la police....fini, tous ces suicides si vraiment ils se battaient faisant fi de leur propre envie d'ascension sociale et déroulement de carrière, fulgurant pour certains d'entre eux, comparé à la moyenne des flics. Le syndicalistes aujourd'hui ne pensent qu' à eux, si des flics se syndicalisent c'est juste pour des problèmes locaux de discipline, mutation, promotion et au cas ou...fini les flics qui se syndicalisaient pour des idées communes à tous (retraite par exemple)....je le pense comme beaucoup, les syndicats marchent main dans la main avec le ministère, quoi qu'on en dise et les syndicaliste d'aujourd'hui ont DU SANG SUR LES MAINS...ils sont responsables en partie de ce qui se passe, ils n'hésitent pas à sacrifier des milliers d'adhérents en signant des accords sans consulter leurs bases...c'est cela la démocratie ???? Avant de signer qu'ils fassent donc un appel vers les adhérents en leur demandant leur avis !!!! Pourquoi ne le font ils pas ????les syndicalistes se comportent comme les politiques....OLIGARCHIE et non DEMOCRATIE !!! A quand des flics qui auront le courage de faire comme les infirmière en créant un collectif ou ils seront hors jeu ?

Markus 06/04/2014 13:09

Recommended by a friend of mine, I have read the article using google translate. Very moving, thanks!


Greetings from Germany
Markus

bénédicte desforges 06/04/2014 14:16



Thanks, you're welcome!
Best regards from France


BD



speculoos 24/02/2011 20:01


Je constate que vous affichez votre culture latine. Je pourrais chercher la traduction car j'ai étudié le latin pendant 6ans.Peut-être avez-vous un complexe culturel? Peut m'importe. J'ai écrit
ADIEU et je n'ai donc plus rien à vous dire ni à vous démontrer.D'autant plus que je suis complètement folle.


bénédicte desforges 24/02/2011 22:05



Unusquisque excrementa sua.



speculoos 24/02/2011 18:20


Je vous remercie, chère Bénédicte, pour l'excellence de votre diagnostic.
Comme je suis folle, je suis déculpabilisée par rapport à ce que j'espérais encore pouvoir offrir comme prise de conscience.
Les fous sont irresponsables. Donc, moi aussi ! ADIEU.


bénédicte desforges 24/02/2011 18:40



De profundis clamavi ad te, speculoos.



SPECULOOS 23/02/2011 20:40


je voulais encore me préoccuper d'anciens collègues qui sont toujours dans la merde. Mais, si on ne me répond plus rien, je n'en ai plus rien à cirer. On essaye d'écrire un best-seller et puis on
se retire, à part 2 ou 3 mots tous les trois mois. Je ne vous félicite pas. SALUT.


bénédicte desforges 23/02/2011 23:50



Mais où vous croyez-vous au juste ?
Ça va pas bien dans les boyaux de votre tête ?
C'est quoi cette obligation que j'aurais de répondre à vos délires conspirationnistes, et pour quoi vous dire ?
Et en plus il faudrait que je fasse preuve d'assiduité et de régularité pour les déglingués à noms de gateaux en vadrouille sur internet, et par ici en particulier ?
C'est moi qui en ai rien à cirer.



speculoos 18/02/2011 23:55


Bien sûr que j'ai fait mieux et mes collèges aussi. Mais lorsque cela c'est su, nous avons toutes été poussées à la démission ou virées. Moi aussi, j'ai été licenciée après avoir été harcelée
moralement. Je ne connais pas l'organisation SSPO. En Belgique, il y avait (seulement), jusqu'en 2002, une douzaine de psy qui avaient une certaine indépendance, vu que leur fonction était
supervisée par le Ministère de l'Intérieur. Ces psy travaillaient dans les Commissariats des zones appelées "à risques'. Depuis l'installation de la Police intégrée, les psy dépendent d'un
Commissaire. Depuis lors, je pense que les psy ne savent plus faire mieux.
Les stat de suicides n'existent pas, que je sache, en Belgique, c'est plus qu'un tabou!


speculoos 18/02/2011 22:58


En tant que psychologue de Police à Bruxelles, j'ose écrire que j'ai empêché des policiers de se suicider. A part toutes les causes essentiellement liées au boulot (et pas à la vie privée) que vous
évoquez tous et qui sont tout-à-fait justes, il y a une qui m''est apparue majeure, c'est la perte du soutien de la hiérarchie. Dans une structure qui ne peut qu'être très pyramidale, le chef doit
être très compréhensif et exprimer sa reconnaissance, par rapport à un travail qu'il sait très dur. Or, devient chef celui qui a réussi un concours à l'école de Police ou, pire, celui qui entre à
la police avec un diplôme en criminologie et sans sélection psy comme dans le privée. Quand un policier coule, sa principale bouée, c'est pas le psy, c'est son chef. Le psy ne peut qu'être que
médiateur entre les deux et si pas possible, conseiller de demander sa mutation.


lavie 19/11/2010 21:24


Bonsoir, un de plus encore un ... chaque suicide de collègue me ramène un peu quelques années en arrière, mon mari fait parti des statistiques de janvier 2008, trois ans bientôt et toujours rien de
mis en place pour la prévention des suicides dans la police, on m a contacter un an et demi après pour répondre à une étude sur le suicide des policiers pour sois disant palier au manque de
prévention, deux rendez vous de trois heures pour retracer une vie, le caractére, sa vie de l enfance au jour j, ses sentiments, ses pensées par rapport au boulot.. mais ou en sommes nous de cette
enquête ? rien ! aucun résultat rien de mis en place mais quand vont ils reagirent !!


nelly jamin 19/07/2010 01:37


voilà 4 ans (ce mois de juillet) que nous pleurons notre fille alors âgée de 25 ans....elle s'est donné la mort dans le commissariat (Paris) où elle exerçait (BAC). Depuis nous sommes dans une
détresse permanente, un trou sans fond, un manque immense. POURQUOI ??. Nous sommes arrivés pour la voir derrière une VITRE (IML)et la ramener à la maison dans un cercueil.Ma petite ....mon
enfant...


Nocif 18/07/2010 22:48


Ben les flics... si peu compris chez eux, ailleurs... de leurs supérieurs aussi... Toujours dans le cru, ce jus, ce pu social... Se sentent seul souvent les flics... Alors marre des fois... C'est
juste.


valérie 08/04/2010 15:41


Bonjour, je suis actuellement en attente d'incorporation en école de police pour ma formation de gardien de la paix et ce sujet ne pouvait que me faire réagir.
Ce qui serait aberrant (et je crains que ce le soit) serait quand lisant ce sujet on ne soit pas choqué et surpris. Choqué et surpris parce que on en parle pas, et des gens qui tomberaient par
hasard sur cet article se coucheraient moins c*n. J'avais beaucoup aimé une phrase de vous Bénédicte Desforges: "Le flic a les mains sales de la crasse sociale...." Il y a une profonde hypocrisie
de la société à ne pas aimer la police. Mais bon je m'égare un peu, mais je ne peux m'empêcher, à chaque fois que je lis un de vos sujet, d'en revenir à se mépris des gens vis-à-vis de la police et
qui me met hors de moi. Enfin voilà il aurait été plus simple que je laisse juste un message, simple mais sincère: Que ces Hommes reposent en paix maintenant.


anonyme 07/04/2010 05:58


Mon époux policier s'est suicidé avec son arme de service en décembre 2009 C'est très dur à accepter, le pire est qu'on s'aimait énormément malheureusement le travail a pris le dessus, trop de
pression, de harcèlement, de reproches gratuits et j'en passe. Aujourd'hui, la hiérarchie fait comme si rien ne s'était passé "aux oubliettes". Je suis déchirée, anéantie, mal, mon mari me manque
tellement. Ce drame est inacceptable. Nous les concernés devons vivre avec ça et c'est inadmissible. Pourquoi en arriver là, pousser les personnes à l'irréparable? C est honteux,dégueulasse et j'en
passe . Respecter l'être humain c'est pas difficile. Aucune écoute, aucune aide, la pression la pression et la pression... Bon courage aux personnes concernées...


annonyme 01/11/2009 20:06


Les succides ne sont pas obligatoirement une cause familliale
J'ai une connaissance qui a essayé car les grands patrons le harceller .IL y avait abus d'autorité chez lui tous se passé à merveille,il ne pouvait rien faire sans qu' on lui fasse une
remarque.Pour information il avait essayé de changer certaine chose et cela avait fortement deplus car il avait appuyer sur quelque chose qui risquait de d'exploser.
Je souhaite resté annoyme de risque de représaille par notre administration


Ptiga45 21/10/2009 10:02


M'ouai, moi même j'ai été rappelé deux fois en trois jours récemment, et il y a deux ans, sur 20 jours de C.A.en juillet (quand je dis C.A., c'est tous repos habituels confondus), eh bin j'ai pas
pu les faire ; j'ai encore été rappelé. Je ne suis jamais malade, ah si....la seule fois où ça m'est arrivé, (environ 4 ou 6 jours de CM si j'ai bonne mémoire), quand je suis revenu à la section,
la seule et première parole du chef de section a été je le cite mot pour mot : --« j'ai pas apprécié l'ticket maladie qu'tu m'as foutu !!! »--. Eh oui ça veut tout dire, no comment. Pour moi, les
suicides dans la police, enfin…disons en majeure partie, aller…sont d’avantage liés aux pressions, à la fréquentation professionnelle, au comportement et à l’incompréhension des gens avec qui on
travaille que par le boulot lui-même. Un autre exemple : Il y a pas mal d’années de cela, dans le 14 ème arrdt de Paris, c’était le soir ou la nuit, je sais plus, alors que nous étions plusieurs à
regarder un collègue traiter une affaire sur le PC, donc tous bien concentrés la tête tournée vers l’écran et moi derrière tout le monde, j’ai reçu deux coups particulièrement violents derrière la
tête. J’étais complètement assommé, et mes yeux faisaient roulis. Je parviens toutefois à me retourner immédiatement et j’aperçois un brigadier de la section passant très furtivement la porte du
bureau des chefs de sections qui se trouve environ à 6 m de là, et derrière nous, comme s’il voulait s’effacer. Il n’y avait personne d’autre que lui derrière nous. Ca ne pouvait être que lui. Il
s’agissait d’un grand costaud qui ne pouvait pas me piffrer et qui me reprochait de régler les problèmes dans le calme en intervention, et qui a profiter de la position des collègues (aucun
collègue derrière moi) pour me frapper violemment à la tête sans être vu ni entendu. Et il aurait tout nié car pas de témoin, la discussion avec lui était impossible de toute façon ; démarches
inutiles ; trop con et la matière grise dans les biceps. Mais c’est certain, je ne l’oublierai pas celui là, et des fois j’y pense encore. Et je passe plein d’exemples comme ça. Tiens ! Un matin,
un capitaine de la nuit sentant fortement l’alcool m’a agressé verbalement et limite physiquement pour une raison totalement dénuée de sens, et puis etc….plein…plein…de trucs comme ça. Alors bien
sur, je vous entends dire –mais alors, te laisses pas faire…syndicat…. Officier de permanence…parquet… plainte….patati…patata…ect…C’est toujours sympa de se mettre à la place des autres quand on ne
risque rien -- Rien de tel pour s’enfoncer dans la merde à vie et subir encore plus l’irresponsabilité mentale de ces gens là. Mais j’ai bien sur fait mes propres démarches de garantie. Enfin bref,
c’est juste pour dire que quand tu vit tout ça, et le tout assaisonné de rappels en tous genres empêchant totalement un repos mental et moral, tu passes du dégoût au rejet total et bien sur tout le
monde en aura rien à foutre. Donc pour le Gpx qui après tout ça est affaibli moralement et mentalement, une seule solution pour s’exprimer et être écouter de manière ultime : le suicide. Les
raisons d’un suicide sont généralement difficiles à déterminer. Il est donc inconcevable d’entendre dire qu’il s’agit de raisons familiales. Reste à savoir dans la positive comment sont traduite
les raisons du suicide d’un Gardien de la Paix auprès de la famille … ???


apollinaire 30/09/2009 19:08


Pour rejoindre votre propos, sans vouloir faire de concurrence victimaire et développer un peu sur l'opération de comm' du ministre du travail.
www.gjarnot.blogspot.com/2009/09/galerie-funeste-le-suicide-dans-la.html
Cordialement


le flic 30/09/2009 22:27



Merci pour le lien :)



Anne 22/09/2009 16:25


Le suicide dans la police est probablement facilité par l'opportunité du passage à l'acte plus accessible et redoutablement efficace. Avoir une arme en période de crise suicidaire est
malheureusement fatal.

Vous parlez d'indécence dans le terme contagion. Pourtant le suicide est, selon moi, une maladie contagieuse. Je tente de m'expliquer : le passage à l'acte est "encore plus sérieusement envisagé"
(attention je ne fais vraiment aucune provocation) lorsque dans son entourage on a une ou plusieurs personnes qui sont déjà elles mêmes passées à l'acte. Beaucoup d'exemple malheureusement autour
de moi, et des tendances suicidaires induites par celle de mon mari en ce qui me concerne.

Mon mari n'est pas policier. Il est suicidaire et s'il avait été flic il serait mort. Avoir une arme à feu est dramatique en cas de pulsion.

Il est vraiment navrant que les pouvoirs publics n'investissent pas plus en prévention pour les flics comme pour les autres. Le suicide en France c'est plus de 10 000 personnes mortes chaque année
de trop souffrir. Parmi cette souffrance celle des policiers est d'autant plus dramatique que votre métier c'est de nous protéger. Nous, les citoyens, la population en cas de danger vous appelons.
Vous vous mouillez pour nous. En cas d'agression, en cas de drame et au final on est même pas foutus de vous soutenir. Et bien moi cela me met en rogne.

En rogne de penser à ces vies foutues en l'air, celles des flics, celles des autres aussi car on a pas été capable de prendre soin, d'investir du temps de l'argent et des moyens humains pour
justement que chacun d'entre nous puisse conserver son humanité et son intégrité physique.

Bref commentaire décousu désolée mais j'ai les idées confuses sur ce sujet.


le flic 22/09/2009 17:17



Merci beaucoup Anne, pour vos remarques.
Si j'ai utilisé le terme de "contagion", c'est que je l'ai trop lu, et j'ai trouvé que ce diagnostic était un peu réducteur. Comme si l'idée du suicide ne venait à l'esprit que
par mimétisme... excluant les responsabilités (ou implications) autres que celle de celui qui finit par passer à l'acte. Ceci dit, c'est vrai que cotoyer le suicide (de proches, ou d'inconnus, en
ce qui concerne les policiers), étrangement, le démystifie. C'est un sous-entendu quand j'écris : L’intégrité physique est une entité fragile. Celle de "l'autre" puique ce métier implique de
souvent le constater, et aussi la sienne. Vous avez dit suicide ?
Je vous souhaite de la chance et du courage, et que votre mari retrouve le goût à la vie qui vous la fera plus douce à vous deux.



Christine 21/09/2009 15:44

Merci Madame pour votre blog en général et cet article en particulier qui me permet d'entrevoir la réalité de votre métier.

le flic 21/09/2009 17:39



C'est moi qui vous remercie de vous y intéresser :)



Stéphane 21/09/2009 00:04

Un reportage sur le tripoux aveyronnais dans le 13h est beaucoup plus porteur d'espoir que notre quotidien de vie.
Alors de grâce arrêtons de nous plaindre et laissons les gens rêver, merci.
La police c'est pas le suicide. C'est Julie LESCOT, c'est NAVARRO, c'est les Experts ami-amis, c'est RIS Police scientifique..... Ces gars là, ils font rêver. En 45 minutes ils règlent le problème à grands coups de mandats, de réunions au sommet avec un Directeur qui n'a que 10 minutes à leur accorder, ils bossent avec des juges, ils combattent le crime avec autant d'ardeur que Bayard, parce que des fois, oui c'est dur madame, mais pas pour eux. La Police triomphe toujours, avec ses voitures flambant neuves avec tout leur arsenal judiciaire gargantuesque, leur bureaux propres, et ces méchants qui finalement ne sont rien puisqu'ils craquent à chaque fois.
Les gens, qu'ils soient ménagère-de-moins-de-50-ans ou ouvriers crevés avant la fin du 1er film ne voient que ça.
Ils ne voient pas cette société à qui ils appartiennent et qui part en couille. Ils ne voient pas la misère sociale, les appartements crasseux, les tox qui te dégueulent dessus, les putes qui te crachent à la gueule, les zivas en puissance qui pavent notre passage non pas de pétales de roses mais de mollard aromatisé shit-sky-coca, ils ne voient pas les trous duc qui grillent un feu devant toi mais jurent qu'ils sont passés à l'orange et que si tu les empêchent, eux, de travailler tu va aller à la circulation, "parce que moi j'en connaît du monde "......
Ils ne voient pas ce côté obscur de la société dans lequel on baigne tous les jours, dans lequel on se noie.......
Ils ont leur vie, ils s'en foutent. On a la notre.
De grâce mettez une poche Leclerc autour de votre tête avant de vous la trouer avec votre SIG, pensez à ceux qui vont devoir nettoyer vos petits bouts de cervelle collés au mur après les "transport et constatations".
Avant de sauter du balcon de votre appartement de banlieue veuillez fermer la fenêtre avant de sauter, pensez aux courants d'air , aux économies d'énergie, la taxe carbone, les générations futures......des petits gestes qui épargneront un peu plus le vulgus quidamus face à la magnifique réalité bisounoursienne de notre pauvre petit quotidien.
Voilà, béné, en substance ma petite moquerie sur ce sujet qu'est le suicide chez les policiers.
2 de mes amis se sont suicidés. Il y a longtemps.....
Qui s'en souvient ? leurs familles, leurs collègues et moi.
Qui s'en soucie ? leurs familles, leurs collègues et moi.
A Pierre.N et Philippe.........

kamel 10/08/2009 21:34

Le suicide dans la police est frappant parce que nos concitoyens croient que ces fonctionnaires sont invulnérables et sont censés les protéger, alors qu'ils découvrent qu'ils ont leur fragilité humaine comme le commun des mortels. Dans les suicides des Policiers comme les autres cas, il ya une pathologie psychiatrique, souvent la désintégration sociale ainsi que des causes spécifiques et particulières.
Il faut l'avouer le passage à l'acte est facilité, en cas de résolution définitive, par le port d'arme. Mais on peut aussi se suicider par pendaison, empoisonnement...
Dans ce métier que j'ai assumé durant 33 ans, les facteurs à risque sont liés à la charge et la nature des missions, le stress, le dérèglements dans la gestion du temps et des relations y compris familiales, l'isolement psychologique et l'incompréhension.
A ce la s'ajoute dans certains cas, l'alcoolisme, souvent la peur ou la phobie devant les risques et les bavures
En Algérie, nous avons enregistré après la phase du post-traumatique, des collègues rescapés des attentats terroristes qui se sont suicidés
Le malheur et les causes sont résumés par Mr. BRIAN MULRONEY ex. Premier ministre du Canada, avec un courage exceptionnel, a reconnu en octobre 199O, lors de la 59eme assemblée générale de l'OIPC interpool "Les corps policiers qui coopérent par l'entremise d'interpool s'acquittent d'une très lourde responsabilité, que leur imposons nous mêmes. Nous leur confions les sales besognes et nous leur demandons d'être courageux, mais aussi de rester sensibles. et parfois, nous leur demandons de régler des problèmes dont les vraies solutions se trouvent en nous mêmes." Tout est dit,nos malheurs ont été autopsiés par ce courageux responsable politique.

Roman 11/02/2009 19:31

Je tiens à réagir à ce sujet.

Ce soir je rentre de la fac et j'ouvre le 20minutes. Je tombe sur une brève. Une jeune gardien stagiaire s'est donnée la mort avec son Lundi soir au sein du commissariat central du XVème arrondissement de Paris.

J'appelle le responsable de la formation du XV qui à été mon maitre de stage cet été qui me confirme.

Cette fille je la connaissais de vue et j'avais surement déjà discutée avec elle lors de mon stage cet été.

Elle avait à peine 25 ans. Elle était sortie de L'ENP depuis quelques mois... C' est triste... Le Chef et le Brigadier en charge de sa formation son abbassourdis. Probable qu'il n'aient rien vu venir.

Mais le plus triste, c'est que in fine elle ne sera qu'un chiffre de plus sur un rapport que le ministère de l'interieur se bornera à enfuir le plus rapidement possible dans leurs archives...

Que s'est il passé dans la tête de cette jeune gardien stagiaire? Est ce vraiment important (homis pour lmes proches qu'elle laisse derrière elle) ?

Ce qui me parrait important c'est de signaler la gravité de la situation a des fonctionnaires du ministère qui auront les tripes de prendre en compte le problème de suicide dans la Police.

Je fais partie de la future promo de l'ENP. Je souhaite que ce genre d'événement ne se produisent plus... Je sais pourtant que cela est impossible.

Alors à tous les filles et les gars du XV qui m'ont acceuillis à bras ouvert cet été, je vous présente mes sincères condoléances.

Roman, futur élève gardien.