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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 21:48
  Une belle histoire de Noël tombe inopinément dans mes mails. Cadeau ! Une histoire de flics. Une non-histoire en fait, une affaire sans suite, un truc à faire perdre du temps à ces prolos de gardiens de la paix qui bossent les jours de fêtes avec des régimes spéciaux plein les fouilles. Mais tellement banal et symptomatique de ce qui est vécu au quotidien par mes collègues, que je vais répondre ici à ce mail. Dans un but informatif et pédagogique pour ceux qui doutent encore de l’immense variété de nos missions et du grand intérêt de certaines d’entre elles.

Extraits :
  « À noël, j'étais seule chez moi à pleurer ([…] histoires de familles, etc.) et j'ai vu "débouler" 2 policiers (!) dont l'un était visiblement en colère et l'autre n'osait pas s'exprimer, du coup. C’est ma mère, qui avait peur que je ne me sois suicidée (elle avait déjà appelé ma voisine la veille, mais bon !) car je ne répondais pas au téléphone, je l'ai même décroché par moments (pour qu'elle sache que je n'étais pas suicidée, justement)
Bref, tout à coup, ça sonne la cloche et frappe très fort la porte, je descend, très "gracieuse" […] mais bref, j'ouvre.
j’étais très calme et il me dit : "vous voyez, hin, la police ça sert à quelque chose" (jamais dit le contraire, moi) et puis commence un questionnaire nom prénom, date de naissance ...là, j'ai "craqué" j'ai dit : "ah, non, j'ai rien fait, moi, allez voir ma mère, je ne veux pas être sur un fichier sarkozy"
Alors là, il est devenu encore plus rouge et a dit à son collègue "allez, viens, c'est pas la peine... "
 
  L’identité : elle ne sert pas à remplir les fichiers-Sarkozy, mais plus simplement à s’assurer qu’il s’agit bien de toi et de la bonne adresse, étant donné le coup de fil de ta mère et le motif de celui-ci. Tu aurais pu être quelqu’un d'autre à la même adresse, ou étrangère à l’intervention si l’adresse avait été mal transmise, ou s’il s’était agi d’un canular (bah, oui on se déplace aussi pour des canulars, pas de trêve des confiseurs pour ça). Bref, le policier n'est pas supposé savoir, ni te connaître, alors il demande. Ça peut effectivement s’appeler un contrôle d’identité, ce geste scandaleusement coercitif en attente d’interdiction par les Conventions de Genève et la Cour des Droits de l’Homme, et hautement symbolique de la répression policière, ça te va comme ça ?
Quant à aller voir ta mère, c'est vraiment pas son problème me semble-t-il, mais plutôt le tien. On sert à tout – et surtout à ce qui ne nous incombe pas – mais la médiation familiale entre adultes consentants à se pourrir la vie, c’est carrément pas de notre ressort, même si on est très sollicités pour ça.
Contrôle d’identité : normal.

[…] alors mes questions:
-est-on passible de quelque chose si on ne répond pas (j'étais qd même chez moi sans rien demander à personne, lol)
  NON t'es passible de rien du tout depuis l’abolition de la peine de mort.
T'as rien demandé à personne MAIS on a envoyé la police chez toi pour une sorte de motif qui parfois s’avère vrai. Le plus simple est de décliner son identité et chacun retourne à ses occupations. De façon accessoire, on peut aussi s’excuser auprès des flics de les avoir fait déplacer pour rien. Je doute que ça t’ait effleuré l’esprit aussi "gracieuse" que tu puisses être.

- ont-ils droit de sauter le mur de cloture (la sonnette n'étant pas sur la rue et ils n'ont pas réussi à ouvrir le portail)
  OUI ça s'appelle un cas de nécessité. Et quand il n’y a pas de sonnette, ça s’appelle aussi du bon sens.
Si t'es vraiment suicidée, ils font quoi d'après toi ? ils attendent que ton yorkshire ouvre la porte ? ils font venir un hélico pour franchir le mur sans le toucher ? ils défoncent le portail ? ils retournent au poste en disant « Ah ben on n’a pas pu ouvrir la porte et y’avait un mur, c’est ballot toud’même ces suicidés qui n’ouvrent pas les portes…» ?

-est-ce que vous avez des primes si vous trouvez un suicidé? parce que là, ils avaient l'air visiblement déçus que je sois vivante…
  NON il n'y a pas de prime. T'as conscience de la question que tu poses, là ? Provoc ? J’ai jamais entendu un procès d’intention aussi idiot. Déçus, je n’irais pas jusque là, agacés de tomber sur quelqu’un de ton genre qui leur jette du fichier-Sarkozy à la face, et de se trouver au milieu d’une embrouille familiale, c’est possible. Des inconséquents incapables de régler leurs problèmes personnels au point de faire appel à la police soit par crainte légitime, soit par lâcheté, soit pour emmerder l’autre, c’est très courant. Ce qui est déplorable est que les urgences vraies ou fausses sont traitées de la même façon, et que policiers ou pompiers prennent quotidiennement des risques pour arriver vite sur des lieux de non-lieux.
(la prime à la connerie, on y a pensé, mais ça viderait les caisses de l’Etat…)

… ou alors ma mère les ont dérangé (t’es prof de quoi au fait ?) en plein milieu du repas de midi et il avait bu un ptit coup?
  Ces jours-là comme les autres, on n’a pas vraiment le temps d’organiser des gros banquets pendant les heures de service. Et comme t’as l’air de tomber de l’armoire, je te répète que la permanence à domicile des effectifs des police-secours et autres voitures de patrouille, ça n’existe que dans ton esprit.
Ta suspicion d’ivresse est ridicule, autant que ton accusation d’impolitesse. Vu le ton que tu emploies et tes a priori de petit contribuable étriqué, j’ai un doute sur l’accueil que tu as réservé à ces policiers. Ça relève probablement de l’attitude très citoyenne qui consiste à nous prendre pour des cons, bons à tout entendre et tout supporter de la part de n’importe qui, tout en gardant un faciès impassible et stoïque.

[…] J'aimerai bien un regard extérieur à ici, mais interne à la profession, c'est pourquoi j'ai fait appel à toi, donne-moi ton sentiment.
  Je voudrais bien savoir pourquoi tu me poses ces questions-là à moi. Tu crois quoi ? Que je vais prendre fait et cause pour toi, alors que manifestement tu as des réponses toutes faites et du mépris à revendre ?
Juste préciser un truc : il y a des gens qui se suicident VRAIMENT et particulièrement l’hiver et les jours de fête, et dans tous les cas de figures, la police va sur les lieux pour faire la part du vrai, des tentatives et du faux. Et voir des gens qui trouvent le moyen - et ils sont nombreux - de mêler les flics à leurs salades de famille, histoire de trouver un arbitrage facile et méprisable à merci, ça va un peu.
Je suis intervenue sur suffisamment de vrais drames, jours de fête compris, pour ne pas avoir envie de m’émouvoir sur ton histoire de noël foireux, et d’hystérie familiale. Il y a pire que d’être sans enfants le jour de noël parce qu’ils ont préféré leur belle-famille. Il y a aussi bosser les jours de noël, et se faire envoyer chier par des gens qui imaginent qu’on est à la fête, et que la priorité des priorités est de compatir à des non-évènements, quand il peut y avoir de vraies urgences ailleurs. Vraies urgences, tu vois ? Vraies détresses, vrais suicides, vraies annonces de suicide à familles anesthésiées, vrais accidents, vraies victimes aux mains de vrais délinquants, tout ça quoi.
Alors, abonder dans ton sens qui voudrait qu’un ignoble flic mal embouché t’ait agressée, comme tu dis, et bien je ne peux pas parce que tu n’es pas crédible.
Ta posture outragée me fait marrer. L’incorrection est de ton coté, simplement de n’avoir pas mentionné que ce soir-là, la police n’avait rien à faire chez toi.
Il n’avait pas l’air content d’être là, soit. Mais qu’avait-il à faire là ? Se faire engueuler à la place de quelqu’un d’autre ? Il a dit à son collègue « allez viens, c’est pas la peine », et quoi ?... Et ça suffit pour le taxer d’inhumain ? Le jour où tu verras des policiers faire abstraction de tout, avec un sourire figé et permanent, c’est que tu n’auras plus affaire au genre humain…

et si tu as des questions sur les profs, un jour...n'hésite pas. »
  Ouais, bof…
 

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commentaires

Ptite Giron 17/07/2009 15:10

Bonjour à vous !
Je ne vous écrirai pas que j'aime beaucoup ce que vous faîtes ;-), mais voilà quelques jours que je parcours votre blog, et ne m'en lasse pas. Mais je suis un peu troublée par la méthode que vous utilisez concernant ce post : j'ai compris que vous utilisiez un mail qui vous était destiné personnellement, et que vous y répondiez publiquement. Bien que l'identité de votre dinde ne soit pas révélée, votre réponse publique, à mon avis, est gênante, puisque votre "dinde" ne peut y répondre publiquement qu'en passant par votre blog... Il me semble que vous jouez à armes inégales... Mais sans doute me trompe-je o;-)

Dans tous les cas, félicitations pour cette rigueur d'expression et d'analyse, qui (me) permet de comprendre un univers de travail si complexe !
Bien à vous,

Anne-onyme 18/01/2008 01:18

Bien entendu, il est connu que dans une République, la liberté va de pair. On tend souvent a confondre république et Démocratie (vichy était une République).

Démocratie, aussi, on le confond avec liberté, lorsque les espaces de libertés sont controlé par une police invisible, aussi ridicule et absurde que la police nationale bonjour.

les caméras, les quadrillage de zone, les retracage par puce, les nouveaux tests bimétriques, autant de police invisibles qui nous facilitent la vie et la liberté. (pour notre sécurité bien entendu.)

Notre "fichier-Sarkozy" existe bien, et pour preuve toute ces nouvelle loi et nouveaux système (Eloi, etc etc) qu'il fait passer n'ont que de but d'éloigné la frange la moin désirable de la population non-francaise.

Quand à la police au service de la république imaginaire, qui a bon essient fait des descentes dans la rue pour le quota de sans papier, qui réfrène la moindre manifestation, qui a des gaz lacrymo, des canons à eau, des matraques, des tazers, des boucliers, des armures, contre des manifestants qui n'ont que la rage et les slogants. On me dira "c'est facile de marché par idée recu." Le plus drole, c'est que ce monde marche par idée recu, notament avec la Police. Qui est également là, heureusement, pour arreté les voleurs (pauvres) et relacher les plus riches, stopé les pédophiles, et autres etre immondes.

le flic 18/01/2008 02:32

Alors soyons ridicule et absurde donc : Au 32ème commentaire on vient d’éviter de justesse le point Godwin, l’anonyme a dit Vichy. C’est très impressionnant la société d’oppression dans laquelle tu vis. Et c’est une analyse très objective de la dictature rampante qui t’entoure.

CRONOS 78 07/01/2008 23:24

L'an deux mille huit, le sept janvier

Mon cher Pascal

Reconnaître dans votre 2ème commentaire que votre 1er est ridicule : soit ! c'est signe de maturité dont vous avez plus l'air d'abuser que de manquer ...

Ecrire que nous sommes le reflet de la société pour, ensuite écrire que vous voulez savoir en tant que citoyen, ce qu’il se passe de notre côté ! c'est signe de grande fatigue ... j'ai pas besoin de faire de dessin ?

Vous associez remarque sur la réforme et sentiment de supériorité. Vous avez du mal à admettre le présent ... Vos paupières sont lourdes Pascal !

Vous dites qu'il ne vous viendrait pas à l'idée d'insulter un flic car vous avez été élevé comme ça :
-> dans votre 1er commentaire que je vous conseille de re-relire (Cf : vos problèmes de mémoire dont vous nous faîtes part dans le 2ème.. "j'avais complétement oublié que j'avais commenté sur un autre blog" - je me suis permis de rajouter les accents-), vous écrivez, sur un blog de flic, que beaucoup de gardiens de la paix que vous avez connus n'ont pas inventé l'eau tiède dont notamment deux "abrutis" qui sont intervenus chez vous ...
-> 3ème commentaire : vous écrivez, sur ce même blog de flic, que "ceux qui portent un uniforme le font pour pouvoir faire chier le monde si ils en ont envie... c'est un fait "

--> Avec tout le respect que je dois à vos parents pour vous avoir, à vos dires, bien élevé : A vous lire, votre éducation est à refaire !!!

Denis 06/01/2008 17:12

L'écriture peut etre une thérapie. Le site de Bénéicte à celà de bien. La République existe et nous lui devons notre espace de liberté. Personne n'oblige personne à oublier cette réalité. Personne n'oblige personne à en chanter les louanges jours et nuits. Nul besoin d'affirmer de façon "vichiste" ses convictions. Simplement ils nous faut mériter de la République en jouissant d'elle. D'accord avec nombre de détracteurs, nous sommes tous dans le meme bateau.
Les policiers ne réclament pas la considération, en tout cas pas moi. Simplement, j'aime assez, lorsque j'interviens faire ce que je dois, je peux, et j'aime faire ...et réussir à le faire,..et rester entier.(...).
A celui qui jalouse, qui envie , qui méprise ou déteste je dis "fais mieux que moi..., mais me marche pas sur les godasses."
A l'idiot je dis, "Je te pardonne mais me marche pas sur les godasses."
A ma hiérarchie ...je ne dis rien.
A ceux qui n'ont pas compris...c'est pas grave.
...
Pour le reste je m'en remets à Dieu.
"Bravo Bénédicte".

Michel CLEMENT 06/01/2008 11:40

Ah oui quand même!

un bien beau spécimen donc.

Attention,
elle est peut-être prof, comme certains vigiles de carrefour se disent Pompiers ...

Enfin tout ça pour dire, encore une qui nous a confondu avec sa nounou...
et qui en plus s'en plaint...

C'est terrible quand même bénédicte l'effet que ça fait la télé chez certains ! c'est plus l'opium mais l'héro du peuple..
Si y te manque des cartouches tu sais ou les trouver !

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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