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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 14:24


© J.Monneret – tous droits réservés

  Et 25ème heure et suivantes...
  C’est bien les salons du livre, c’est comme une colo pour auteurs. On a tous rendez-vous à la gare, on arrive avec notre paquetage pour le wik-end, on retrouve les ceusses des salons précédents et on se fait plein de bizoux en criant « Aaaah ! Tu es là ! C’est super, t’es dans quel wagon ? ».
  Et puis il y a une dame très jolie qui arrive avec un panneau et plein de sourires pour tout le monde et qui nous donne une notice pour expliquer comment on monte dans le train pour pas se perdre sur le quai, et nous rappeler à quelle ville il faut descendre et que là-bas on nous attend.
  Ca s’appelle un Train-des-Auteurs.
  Dans un train des auteurs, il y a ceux qui dorment et ceux qui parlent et ceux qui parlent très fort, le décibel n’étant pas nécessairement proportionnel au chiffre des ventes. (Moi je vends énormément donc je suis relativement silencieuse.)
Après quelques courtes minutes de TGV, nous arrivâmes en la belle ville du Mans mais la gare était toute cassée, à cause d’un tramouais en construction.
  On est montés dans des cars qui nous ont emmenés jusqu’au Salon du Livre où nous avons sagement fait la queue pour déposer nos malles et nos animaux domestiques, et récupérer un deuxième mode d’emploi qui comprenait un plan de la ville, une liste de restaurants, et des tickets pour boire et manger à volonté pendant deux jours. On nous a mis des étiquettes autour du cou, et au verso il y avait toute une liste de numéros de téléphone okazou on se perdrait ou qu’on perdrait nos tickets de rationnement.
  Et enfin, nous entrâmes dans le Salon du Livre sous les acclamations de la foule en délire… Une immense pile de mon FLiC m’attendait et j’ai aussitôt sorti mon feutre magique qui ne fait pas de bavures. J’étais installée à coté d’une romancière septuagénaire qui m’a expliqué le bien-fondé d’une légalisation totale de l’usage et de la vente des drogues dures. Nous avons oublié de parler de la perception de la TVA, je n’y pense que maintenant, suis-je bête. Vint l’heure du repas. Je ne connaissais que le circuit du Mans, mais je dois reconnaître que la vieille ville est vraiment ravissante. J’ai déjeuné avec deux peintres et un voyageur écrivain transsibérien et nous avons parlé du sens artistique de l’étron dans un bocal, et de la nécessité de restauration dudit étron par humidification par un produit approprié pour faire durer la chose le temps d’une expo, l’artiste-chieur tenant à l’authenticité de son œuvre, et ayant refusé qu’une tierce personne chie quotidiennement à sa place. Nous avons mangé de la patate écrasée, et l’espace d’un instant je me suis dit que moi aussi je pourrais, pourquoi pas, verser dans l’escroquerie artistique et me faire tout le fric que je ne me ferai pas en littérature.
  Ensuite on est retournés au salon, et j’ai expliqué à ma voisine de dédicace comment on faisait la distinction entre l’héroïne et la cocaïne, et aussi pistolet et revolver, insistant sur l’étymologie de ce dernier, ce qui lui évitera d’écrire des conneries dans son prochain roman.
  En début de soirée, on est remontés dans les cars pour aller vers l’hôtel. On a parlé de choses et d’autres, et je ne sais pas comment je suis venue à dire à mon voisin, moi qui n’ai de secret pour personne, que j’avais été invitée à un happening chez les franc-maçons il y a peu de temps. « Ah bon, me dit-il, ça m’intéresse ça !
  - Ah bon, je lui réponds, et pourquoi ça t’intéresse ?
  - Parce que j’ai écrit La Franc-Maçonnerie pour les Nuls ...
  - Gnnnn gnn gnnnnn, je lui dis. T’es franc-maçon ?
  - Voui.
  - Gnnn gnnn gnnn… ne lis pas les pages 115, 116, 117, et 118 de mon livre alors, steuplait hein ?
  Et on s’est quittés bons amis le temps d’aller dans nos chambres mettre des habits de gala pour aller dîner et regarder le rugby dans une très belle grande salle où nous étions tous conviés. Après un délicieux apéro à base de produits de la mer et de ponch, nous nous sommes mis à table, et je me suis retrouvée avec la bande des Nuls : mon nouvel ami franc-maçon (c’est un complot) qui a aussi écrit Les Grandes Enigmes de la Franc-maçonnerie, et les auteurs de L’Histoire de l’Art pour les NulsLa Bible pour les Nuls  et  L’Histoire de France pour les Nuls  (un prof qui a quitté l’Éducation Nationale, 600 000 exemplaires on peut le comprendre… aussi auteur de beaucoup d'autres livres )
  L’auteur de la Bible pour les Nuls est un pasteur, c'est-à-dire un curé marié. Nous étions deux débaptisés à la table, mais il s’en tapait bien, c’est le genre d’ecclésiastique à te donner l’envie d’aller à la messe tous les jours de la semaine. Il nous a raconté qu’un jour on lui avait amené une Bible à dédicacer. Il ne s’est pas déballonné, il a écrit une petite bafouille sur le saint livre et a signé Dieu. On a bien rigolé, et quand on a entendu que les Anglais avaient gagné on s’en foutait, et le pasteur est parti voler des affiches qui étaient au mur. Comme il était notre berger, on a fait comme lui, et on s’est resservi des desserts au passage. Il y avait du vin rouge, du vin blanc, du cidre, de la bière (normal, c’était rugby-day) et de la badoit. On a décidé de repartir à l’hôtel à pied parce que ça ne pouvait pas nous faire de mal, et que le pasteur connaissait un raccourci pour passer sous la gare, ce qui nous a un peu étonnés parce qu’il habite en Camargue. Mais à cette heure-là, nous avions tous la foi et nous l’avons suivi. Les voies du seigneur étaient impénétrables, et celles de la gare aussi. Nous dûmes rebrousser chemin après avoir tenté quelques vaines effractions, et nous partîmes à l’aventure c’est l’aventure dans les rues du Mans.
  On a longé des voies rapides et des voitures folles, et on s’est dit que si on voyait la mer, c’est qu’on avait dépassé l’hôtel. En route, une brebis égarée sous la forme d’une auteur de livres pour enfants, s’est jointe à nous. Un miracle fit qu’on a pu retrouver l’hôtel et nous cessâmes de protester contre le pasteur.
  Le lendemain matin, nous avons regagné le Salon du Livre dès l’ouverture ce qui est la moindre des choses. La libraire m’avait changé de place, plus près de l’entrée, l’idéal pour dédicacer à un rythme frénétique. J’étais assise à coté d’un auteur de polar psychiatre psychanalyste mais j’ai eu le bon goût de ne pas abuser de sa compétence en la matière. Ca me ferait pourtant du bien, mais j’aime pas payer pour me plaindre. Il a écrit Alger la Noire qui a recueilli cinq prix (ah oui, quand même...) et tout naturellement à l’heure du déjeuner, nous sommes allés manger un couscous. Nous avons retrouvé l’écrivain franc-maçon qui est loin d’être un nul, et l’auteur de polars m’a dit « t’as pris tous les pois chiches salope » alors on a demandé du rabe.
  Au retour, j’ai croisé Gonzague qui signait ses livres, il m’a reconnue, je l’avais reconnu aussi mais ça c’est normal vu que quand j’étais petite je l’écoutais déjà sur Europe1. On s’est fait la bise comme des vieux potes donc.
  L’après-midi, j’ai participé à un débat sur les banlieues où nous avons mis en commun quelques pensées communes, mais la formule n’est pas de moi. Je suis passée devant le stand de la LCR où j’ai acheté un badge de Lénine, et j’ai rejoint ma place. La journée s’est ainsi terminée.
  En quittant la 25ème heure, il ne restait que trois FLiC sur la table, une heure de plus et c’était la pénurie de livres. J’ai rencontré plein de lecteurs sympas, on a parlé de plein de choses de la vie, j’ai dédicacé à la cadence d’une kalachnikov bien rodée. Je vais devenir une vieille pro sans botox des foires aux livres, je le sens bien. Nous sommes retournés à la gare en passant par la porte cette fois, et on a repris le TGV vers Paris. Fatigués, mais comblés et heureux de toutes ces rencontres.
Merci à mes nouveaux potes auteurs, je vous trouve un talent immense,
Merci à mes lecteurs et aux collègues qui sont passés, ça fait chaud au cœur,
Merci à FLiC, mon livre, je suis fière de toi mon ptit...


Mon blog pour les nuls : Pour accéder aux fiches des ouvrages cités, clic sur les titres. (faut vraiment tout préciser, pffff...)

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commentaires

cecile 22/10/2007 23:13

Putain ! T'es copine avec Condoleeza R ???!!!??? Remarque, j'étais bien copine avec Marguerite D., mais elle est morte, forcément.

le flic 22/10/2007 23:58

Tu dis ça à cause d'Hiroshima bien sûr...Reste avec moi à Hiroshima... Tu n'as rien vu à Hiroshima...

Jiri Pragman 19/10/2007 10:31

Je n'ai pas résisté : la rencontre une Flic et un Nul (et Franc-Maçon) (Dieu que nous aimons les majuscules !) est évoquée dans le Blog Maçonnique (idem) : http://www.hiram.be/Rencontre-entre-une-Flic-et-un-Nul-et-Franc-Macon-_a1003.html

Jiri Pragman

le flic 23/10/2007 00:05

Merci Jiri !Mais n'essayez pas de m'initier, j'appartiens depuis peu au Grand Désorienté. Et vive les mAjUsCuLeS !

keru 19/10/2007 06:09

Bah ! Bein j'ai fini par aller commander le livre sur amazon, en même temps que 2 ou 3 bricoles techniques de radioamateur :)

le flic 23/10/2007 00:08

Merci Keru :o) Je te souhaite une bonne lecture et que mes histoires de flics te plaisent entre deux transmissions radio :o)

Eawyne 18/10/2007 22:07

Made... heu je ne sais même pas, je suis confus !

Bénédicte =) Je pense que j'attendrai, je le fais déjà pour les jeux que je m'achète, qu'ils ne coutent que 4 ou 5€... j'accorde plus de valeur aux livres mais voilà ! Valeur affective n'est rien contre valeur matérielle... ceci dit, on m'a dit du bien de ce livre, alors je franchirai le pas ; un petit pas pour mon compte, un grand pas pour ma culture =D

le flic 23/10/2007 00:12

Rôôôôôô... mais attends un peu j'te dis ! :o)Bravo pour tes dessins, sacré coup de crayon dis !

DENIMAL ERIC 18/10/2007 14:29

Bonjour ! Ici le pasteur pour les Nuls ! C'est vrai que la soirée était plus sympa pour nous que pour les bleus ! J'espère que nos routes se croiseront encore, que les stands ne nous sépareront pas et que... tu ne finiras pas toutes les bouteilles de rouge ! Au Mans, comme ailleurs, le meilleur était la troisième mi-temps ! Il n'y a que ceux qui ont la grosse tête qui restent dans les convois officiels. Le chemin des écoliers était nettement plus drôle. On s'y retrouvera sans doute ! Flic et Pasteur : d'improbables hors la Loi... quoique !
A bientôt ! Eric

le flic 18/10/2007 17:01

Hello mon bon pasteur ! Je vois bien en tes propos la mauvaise foi qui t’anime encore. Je suis restée extrêmement sobre, et Dieu m’est témoin puisqu’il voit tout. Mais tu es et resteras notre pape des salons du livre (ça t’énerve ?) En revanche, pour guide touristique by night, tu repasseras... J’espère bien que nos chemins se recroiseront (quoique tes chemins...) C’était super de faire ta connaissance là-bas, et faut dire que tu nous as tous bien pasteurisés, voire réconciliés avec une certaine idée de la religion. Du coup, je t’embrasse tiens !

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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