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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 23:24

 

 

menottes2

 

  J’avais ressorti mes petites histoires de menottes des archives pour tenter de faire passer un message. En douceur. Sans citer des articles de lois ou extraits de règlement – vous les trouverez ailleurs. Parce que j’ai pensé que ça suffisait pour faire comprendre cet aspect du métier de flic, et donner un éclairage différent sur des anecdotes d’actualité. Et que tout ça est moins simple que dans les rapports d’Amnesty International. Qu’un menottage, c’est bien autre chose qu’une entrave à la liberté, que sa raison d’être est multiple.
  Alors quoi ? Ça n’engage que moi, mais oui, oui je n’ai probablement pas toujours respecté les consignes.
  Je ne menotte pas pour humilier ou faire une piètre démonstration de pouvoir.
  Je le fais pour neutraliser celui que j’embarque et l’empêcher – éventuellement - de se mettre tout seul en danger, pour protéger ceux qui sont dans son entourage immédiat, et pour préserver les fonctionnaires de police - et moi avec - de réactions imprévisibles, notamment pendant le transport. Ça a l’air tout bête expliqué comme ça, hein ?
  Alors que vous dire que je n’ai pas déjà raconté ? Que je ne peux pas compter les gens à qui j’ai passé les pinces ? Parmi eux devaient se trouver des mineurs, certainement. Parfois plus grands que moi (je mesure 1m66) plus forts (j’ai vu des petits de 14 ans de 1m85 et 80 kilos, pas vous ?) mais surtout plus motivés à prendre la fuite ou à me coller un bourre-pif. Donc, clic-clac menottes, et boum! dans les droits du jeune citoyen et de ses bons amis donneurs de leçons.
  Pas très réglementaire me direz-vous, vous qui ne connaissez rien à la délinquance et à la procédure pénale, hormis ce que vous voulez bien entendre...

  Bah oui madame Michu, je me suis foutue hors la loi toute seule comme une grande, et pas qu’une fois. Et pas qu’avec les menottes.
  Un jour par exemple, j’ai insulté un méchant type, et j’ai eu très envie de lui coller une tarte. Finalement, c’est un collègue qui se l’est emplafonné, parce qu’il en a eu envie plus vite que moi. Il avait fait un truc moche ce type-là, très moche, et y a eu léger pétage de plomb de notre coté. C’est mal, je vous l’accorde, on n’est pas payés à faire une justice sous forme de baffes. C’est rare mais ça arrive, je ne vais pas mentir, et vous en auriez peut-être fait autant. À notre place. Mais vous n’y êtes pas, alors vous pouvez blâmer.
  Un autre jour, je m’en souviens très bien, j’ai laissé repartir un voleur de pneus et d’outils. Sous-payé par son employeur, licencié de surcroit, il avait fait quelques réserves, nous avait-il expliqué en pleurant au dessus du coffre de sa voiture. Cinoche ou pas, ça a fait tilt et il est reparti avec son butin et un "ça ira pour cette fois" dont il doit encore se rappeler. Et là, normalement, Clic! les menottes sont celles de l’IGS pour ma pomme. Comme de se laisser émouvoir, embobiner ou agacer par un sans-papier, et décider - en conscience et de notre propre chef, sans autre pouvoir de décision qu’une indulgence spontanée et irracontable - qu’il a droit a une chance supplémentaire parce qu’il a une bonne bouille et qu’on était disposés à entendre des histoires de massacres en Afrique Noire.
  Madame Michu et ses potes si prompts à m’expliquer comment exercer mon métier, trouvent toujours que ce genre de coups de canif dans la Loi est extrêmement sympathique. Et so hype sous dictature de droite molle, et tellement plus glamour ! Passibles de révocation, mais ça... bref, rien à foutre.
  Oui, j’ai fait plein de trucs pas prévus par la Loi ou le règlement, répréhensibles et passibles de sanctions, c’est le jeu ma pov’ Lucette. C’est le jeu d’un métier humain.
 Je menotte, madame Michu, et je suis équilibrée psychologiquement pourtant, et je ne fais pas nécessairement du chiffre quand je le fais, je dirais même que je n’y pense même pas.
  Et aussi, vieille gaucho que je suis et je ne me soigne même pas, bon flic que j’ai aussi été malgré ce penchant qui ne trouve plus d’écho satisfaisant dans le linéaire paysage politique français, j’avoue aussi avoir fait des contrôles d'identité au faciès. Et merde, qu’est-ce que ça marche bien le pifomètre avec un peu de métier, vous n’imaginez même pas ! Bon, ne vous y méprenez pas, j’englobe dans cette pratique des bonnes tronches de Maghrébins et des sales gueules de Blancs, ça marche aussi. N’allez pas penser à mal, ou je ne sais quoi...
  D’ailleurs, il faut que je vous dise autre chose, je suis bien plus à gauche que vous, bande de droitdelhommistes de salon. Moi je travaille avec le peuple et je vis avec, pire je le comprends dans ses pires dysfonctionnements, oui je le comprends même quand je ne l’approuve pas. Mais ce matériel humain est ma passion, ne vous choquez pas pour le mot, il est affectueux… Quand vous vous prétendez de gauche, parce que vous en parlez peut-être plus et mieux que moi, et que vous approuvez ce qui ne peut pas vous toucher, que vous avez une complaisance posturale, et que penser du bien du travail de la police pourrait vous faire basculer dans le camp des fascistes incurables.
  Vous parlez de violences policières sans savoir ce qu’est la brutalité du monde.
  Tiens à propos, le CNDS considérait un menottage brutal comme une violence policière. Vous qui validez d’emblée, parce que oui, l’idée qu’on s’en fait est brutale, eh bien je vous mets au défi de passer les menottes à quelqu’un qui n’est pas consentant sans le faire avec un peu de brutalité, ce que nous appelons aussi coercition.

  Vous voyez où je veux en venir ?
  À cette pauvre enfant menottée à 14 ans, bien sûr... ma tentative d’explication de l’usage des menottes s’étant cristallisée autour de ce non-évènement, bien davantage que la raison du nom de ma promotion de gardien de la paix.
  Petite pitchoune - même pas en situation irrégulière, ha ha ! - jetée du lit à 10h15 un jour d’école par des policiers tortionnaires, petite nénette rendue suspecte d’avoir participé à des violences en réunion sur un gamin. Les médias vous en ont abreuvés, ça n’a pas pu vous échapper.
  Les médias pour qui l’enfance est à géométrie variable selon l'actualité, entre la jeune enfant de 14 ans menottée ignominieusement, et la jeune femme de 13 ans qui avait allumé Polanski, vous me suivez ?
  Mais surtout, surtout, ne vous demandez pas pourquoi ces histoires de sales mômes sont surmédiatisées, préférez interpréter cette information en excès de zèle policier et consignes occultes qui n’auraient pas filtré ci-devant votre éminente jugeote. Préférez oublier que la législation va être modifiée, et que ces histoires de mineurs tombent à point nommé. Rappelez-vous des hordes de chiens mordeurs et tueurs déferlant sur TF1 avant le vote de la loi sur les chiens dangereux, et avant que ces molosses disparaissent du champ médiatique du jour au lendemain. Souvenez-vous aussi de ces enfants surineurs de profs juste avant les élections européennes et qui, dès le lundi matin lendemain du scrutin, ont cessé d’agresser leurs enseignants à l’arme blanche.
  Vous vous faites balader pour un oui pour un non. Il suffit de parler d’un fait de société pour que vous le pensiez émergent, ou de le taire pour qu’il cesse d’exister. Haïti va presque bien, tiens...
  Mais pour revenir à nos moutons entravés, à ces putains de menottes, soyez tranquilles, un avenir radieux se dessine. Les effectifs de police sont en baisse, donc les paires de bracelets aussi. Les prérogatives se diluent doucement, les armes c’est pas bien, ça fait mal, les armes non-létales c’est pas bien non plus, la police est écartelée entre des politiques et des missions contradictoires, entre la politique du résultat et l’impopularité de l’uniforme…
  Mais tout va bien, les caméras de vidéosurveillance arrivent, tout est opérationnel. La police se désincarne, se déshumanisera de fait, vous n’aurez plus à souffrir de ses travers. On a pris en compte votre sentiment d’insécurité alors que vous refusiez nos principes de précaution, le menottage par exemple.
  À cause de vous, nous ne sommes plus des gardiens de la paix, mais des forces de l’ordre, et demain nous serons à la faveur d’un glissement sémantique fort à propos, des forces de sécurité.
  Pourquoi ?
  Parce qu’à force de nous voir de travers, la politique qui façonne notre travail, au gré de l’opinion, des élections et des fantasmes citoyens, ultra sécuritaires ou néo anarchistes - l’un et l’autre sont aussi absurdes - cette politique opportuniste fera de nous ce que vous souhaitez. Vous aurez la police que vous méritez.
  Et rira bien qui rira le dernier.
  Même si j’ai mal à mon métier.
  Mais moi, ne vous en déplaise, j’étais gardien de la Paix.
  Malgré mes menottes...

 

 

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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 14:33

Smilflic

 

---- info / dernière minute ----
samedi 13 février 2010 - 14h50 GMT



Des gardiens de la paix du XVIIIème arrondissement de Paris auraient effectué
des contrôles d’identité aux alentours du boulevard Barbès.

Sous couvert d’anonymat, l’un d’eux a avoué que cette pratique avait cours depuis toujours dans la police nationale.

Ces faits se seraient répétés à plusieurs reprises
dans la même semaine.


Alertez Rue89 et Amnesty international !


C’est du lourd ! 

 

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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 11:15

 

 

Le Taser, j’avais réussi à ne pas en parler.
Et puis la question est arrivée ici en commentaire :

« Que pensez-vous de la polémique sur le Taser ?
Vous l'employez ?
Citoyennement vôtre. »


Très courageusement, je réponds :

« Ni pour ni contre, bien au contraire. »


Là-dessus arrive le rouquin, celui qui a des cheveux qu’on dirait qu’il a mis les doigts dans une prise électrique :

« Moi le Taser, j'adore ! J'aime hurler avant son emploi : "Par la foudre de Zeus !"
Ça donne un élan tragique qui apporte un certain cachet à l'intervention. Parfois nous passons dans la foule avec nos casquettes pour quelques pièces en échange de nos qualités de dramaturges. Et puis, à force d'entendre "Va niquer ta mère", on finit par se croire dans la tragédie d'Oedipe Roi de Sophocle.

Sinon dites-vous bien que l'alternative au Taser, c'est le 9mm Parabellum. Alors outre le fait d'être potentiellement plus mortel que notre gégène mobile, ça n'exclue pas en plus une contamination au plomb... Et filer le saturnisme à un mec qu'on tue, je trouve ça limite sadique :D

Alors comme on nous retape de la modernité à toutes les sauces, voilà donc un exemple de modernité. À l'âge du tout électrique et bio, vaut mieux un coup de Taser qu'un polluant défouraillage...
Et puis c'est devenu d'un vulgaire l'arme à feu... »


Forte de ce témoignage d’un gardien de la paix de terrain (quand j’étais GPx, on n’avait pas l’électricité) je me sens obligée d’en rajouter :

« J'ai croisé les doigts pour que tu viennes en renfort sur ce sujet qui t'a toujours inspiré :D
Le Taser foudre divine, j'adore !
Ceci dit, on ne peut pas en vouloir à ceux qui se fient aux videos américaines et canadiennes, où on voit les collègues autochtones faire un usage du Taser par rafales. Forcément, les cibles de faible constitution lâchent côté palpitant...
Quant à confier des Taser aux polices municipales, je suis contre parce que je suis pour la dissolution complète, définitive, et sans retour de toutes les polices municipales. Je sais, l'argument est léger, mais c'est comme ça. »


Et heureusement, il y a un moment où son discours devient rationnel et réaliste.
Paroles d'un flic (roux, gaucho et lettré, rendez-vous compte...) :

« Je rajouterais et clôturerais mon propos sur la foudre divine à dotation administrative collective (nom administratif de la foudre de Zeus portative) qu'il s'agit aux USA notamment, d'un outil de soumission de l'individu récalcitrant. En gros, dans certains états, le simple refus de se soumettre à une injonction d'un policier, et c'est plus physique mais électrique pour périphraser un chanteur québécois.
En France, le Taser est une arme qui se plie comme toutes les autres au cadre de la légitime défonce... Défense pardon !
En gros, le Taser est utilisé contre un individu pouvant blesser sérieusement un policier ou (surtout) autrui.
Or, avant le Taser, il y avait le tonfa, le gaz lacrymo (qui scotche autant le flic que le "fouteur de trouble" :P) et enfin le plomb. Du coup, je trouve le débat en France sur le Taser complètement con, démago voire d'un populisme (de gauche cette fois) du plus bel effet. Parce que face à un individu armé et instable, nous avons maintenant l'alternative du Taser pour faire cesser l'agression. Avant, c'était une bastos et généralement le mec à la morgue ou avec des séquelles définitives.
À moins d'utiliser un flashball à quasi bout portant, ce qui fait franchement plus mal qu'un Taser.

Le Taser en France est utilisé pour neutraliser l'individu dangereux. Une fois neutralisé, il est menotté et basta.
Alors qu'une infime partie de la population délinquante voulant porter atteinte à l'intégrité d'autrui puisse mourir d'un coup de Taser, je dirais que c'est balot madame Michu, mais le parabellum est probablement plus létal, donc à choisir...

Ce que je trouve désolant, c'est d'entendre un leader d'un parti politique extrêmiste dire tout et n'importe quoi, alors qu'il ne s'est même pas renseigné sur le cadre d'utilisation de cette arme. Le drame étant qu'il est écouté par certains journalistes également mal informés (pour des journaleux, ça la fout mal).
Les morts par Taser rejoindront les faits divers nécrophiles à l'instar des accidents de bus, des enfants crevant abandonnés dans les bagnoles, et des épidémies de chutes dans l'escalier... Ce ne sont que des microphénomènes qui cachent des faits bien plus importants dont on ne parle jamais. C'est l'information "moderne" ! »



Le truc en plus :
J’apprends à l’instant (source : France-info) que les polices municipales vont pouvoir se doter du Taser. Je suis contre.

 

 

What else ?

 

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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
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« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

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